Les contes de ma grand-mère

« Il était une fois une princesse plus belle que le jour et la nuit réunis. A vrai dire, elle était si belle qu’elle glaçait les langues et brûlait les cœurs. Elle s’appelait Zélia.

Zélia n’avait qu’un défaut : elle était muette. Bien sûr, cela n’était pas dû à une insuffisance physique. De ce côté-là, la princesse était toujours parfaite. Sa jolie langue était bien placée dans sa bouche et ses délicates cordes vocales fonctionnaient parfaitement. Malheureusement, depuis toute bébé, elle n’avait entendu que des soupirs d’admiration mais jamais la chaleur d’une voix humaine. Elle ignorait ce qu’était parler.

Une seule personne l’avait regardée un jour en face et nommée distinctement : Zélia. C’était sa mère, elle était morte le temps de prononcer le nom de sa fille. Au plus profond de sa mémoire, Zélia gardait la trace amoureuse de cette parole première et créatrice.

Le roi chérissait sa fille. Depuis toute petite, il la photographiait sous tous les angles et exposait ses multiples clichés dans tous les recoins possibles et imaginables du château. Il n’y avait rien de mal à cela. Son Leica lui permettait de regarder son enfant. Sans la distance de son appareil, il n’aurait pu la voir grandir sans devenir aveugle.

Lorsque Zélia eut 13 ans, cette passion prit une telle ampleur qu’elle le détourna des affaires du pays. Guerre ou paix, récolte ou sécheresse, prospérité ou catastrophes, plus rien n’avait grâce aux yeux du roi.

Quant à Zélia, tous les soirs, elle pleurait dans son lit. Sa vie était si triste. Sans amis et sans paroles, tout était sans ombre et sans lumière. Elle avait beau tenté d’émettre des sons. Les gens détournaient immédiatement le regard à son apparition.

C’est alors que sa mère lui apparut en songe : « c’est l’heure Zélia, va dans la chambre noire ! » »

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