Les paroles perlent

Quand Sonia parle, des perles sortent de sa bouche. Je les regarde couler, une par une, comme des gouttes nacrées issue de ses lèvres sucrées.

– Oui, je sais, c’est un problème, me dit-elle, aujourd’hui, ce sont des perles mais demain- qui sait?- cela sera des diamants, des feuilles de salade ou même pire.

Si certaines petites boules ricochent parfois contre moi, elles caressent le plus souvent comme des larmes infinies le corps de ma précieuse et s’éparpillent à mes pieds. J’ai l’impression d’être prisonnier d’un flipper géant.

– Merde, ça a commencé depuis quand ?

– Après ton départ, ce matin. Bien sûr, je ne m’en suis pas tout de suite aperçue. Jusqu’à ce que ma mère m’appelle et …

– Et alors ?

Elle hausse les épaules, me désigne notre chambre d’un mouvement de tête et me répond d’une voix sèche:

– Tu peux aller voir là-bas, il y en a un plein panier.

Sonia économise ses perles-paroles comme pour m’épargner leurs désagréables contrecoups sur ma peau. Je cherche mes billes.

– Et ça dépend de ce que tu dis ?

– Non, je ne crois pas. Une poule ne décide pas si elle pond des œufs comme un âne ne choisit pas de chier de l’or.

– Ca, c’est dans Peau d’âne.

– Oui, mais malheureusement, la vie n’est pas un conte de fée. Nous ne finirons ni riches ni heureux si je continue de perler.

– C’est à cause de ce que j’ai dit au petit déj ?

Elle hoche la tête.

– Tu préfères te taire, c’est ça ?

 Elle commence à pleurer. Avec soulagement presque, j’aperçois des vraies larmes monter à ses yeux. De l’eau, du sel et puis rien d’autre…

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