Aspirateur

 

Comme certains ont un capital capillaire ou solaire restreint, Potter avait un sens de l’humour limité. Les blagues n’étaient pas son fort. Ceci expliquait peut-être sa parfaite entente avec sa maîtresse Pauline que l’on pouvait ranger dans la catégorie des maniaques du rangement et de la propreté.

Dans la vie, Pauline avait une passion : passer l’aspirateur à n’importe quelle heure indue de la nuit. Elle avait naturellement adopté pour devise le refrain d’un tube emblématique des années 80: nettoyer, balayer, astiquer! Malheureusement, elle n’avait retenu que le côté machine et non zouk de la chanson… A vrai dire, je ne sais de quelle souillure elle cherchait ainsi à se débarrasser.

Ces deux-là formaient un parfait ménage jusqu’au jour où Potter fit une blague qui le perdit. Certes la blague était mauvaise (on ne devient pas drôle du jour au lendemain). Le temps d’une nuit sans lune, ses instincts animaux réapparurent en force. Potter, soudain, lui qui dormait habituellement comme un chat en pâte, eut une folle envie de chasser la souris. Pire, une fois sa proie prise entre ses griffes, il s’amusa à la torturer et l’acheva plus par négligence que par cruauté. Son jeu ne s’arrêta pas là, il eut envie de poursuivre la farce. Et s’il déposait le petit cadavre froid au pied du lit de sa maîtresse atteinte d’ataxophobie ? Ca serait drôle, non ? On soigne bien du hoquet par la frayeur, pourquoi ne guérirerait-on par la peur du désordre par un éclat de rire?

Les cris de Pauline retentirent dans tout l’immeuble à son réveil. Ils furent suivis de l’habituel vrombissement. Pauline cherchait en vain à aspirer une souris morte et l’humour noir d’un chat devenu trop malin…

Méfiez-vous du tourniquet du rire, tartes à la crème et autres peaux de banane, ils sont une menace pour votre vie routinière et trop protégée. Un jour ou l’autre, ils vous reviendront à la figure…

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