Repassage

Maria aime repasser. C’est un plaisir solitaire qu’elle préfère garder secret. Sur la planche, elle aime étendre son linge froissé, encore fâché de tant de tours et détours dans le battant de la machine à laver. De pli en déplié, il s’agit maintenant de le dérider.

Maria écoute la radio et toutes ces voix inconnues qui la caressent le long de ses tâches ménagères. Certes l’action est ici un peu gratuite. Depuis bien longtemps, le fer de Maria n’expire que faibles jets de vapeur. C’est à peine si ses chemises et pantalons gagneront en raideur sous son effet. Autant vouloir défriser une chevelure bouclée. Une simple goutte de pluie et sa nature savamment domptée renaît.

Qu’importe, Maria aime surtout palper le linge avant de le sentir sur sa peau. Elle rêve d’amidon qui rendait autrefois les cous raides. Maria regrette la facilité des vêtements d’aujourd’hui. Il n’y a même plus à les contraindre, ils sortent du hublot déjà tout droits dans leurs bottes. Ennui passager. Par esprit de contradiction, Maria s’amuse donc à repasser l’inutile, soutiens-gorge et dessous, au risque de brûler parfois ses culottes en dentelle. De l’onanisme à l’onirisme, il n’y a qu’un pas ou tout simplement un simple coup de fer à repasser.

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