Quand Natacha philosophe

– Les gens parlent de la dureté des grandes villes, de l’indifférence généralisée, c’est complètement faux. Ils se trompent. S’ils lisaient un minimum, s’ils avaient seulement une once de psychologie, ils comprendraient.

– Quoi ?

– Le groupe. Le problème, ce n’est pas le nombre ou la quantité. Le problème, c’est le corps global ainsi constitué. Le tout et son inertie adjacente. Tous les membres se fient aux autres. Et si aucun ne lance l’alerte, l’absence de réaction est unanime.

–  Natacha, désolé mais je ne suis pas sûre de bien suivre ton raisonnement.

– C’est simple, pourtant. Prenons un exemple. Tu te fais agresser dans le métro, que fais-tu ?

– Je crie ? J’appelle à l’aide ?

– Pas mal mais ce n’est pas assez. Pas sûr que tu t’en sortes pour autant. On a déjà vu des gens se faire hacher menus sans que quiconque ne réagisse.

– J’appelle les flics ? Je déclenche l’alarme ?

– Là, c’est toi qui risques de te faire arrêter, mon vieux.

– Je donne ma langue au chat.

– Il suffit que tu regardes quelqu’un en particulier, que tu saisisses son regard et que tu lui demandes secours. A lui précisément. Et tu es sauvé !

– Ah oui, comme ça ?

– Parce qu’ainsi tu le soustrais du groupe, tu t’adresses à son individualité, tu le responsabilise et il t’est redevable.

– Où apprends-tu donc tout ça ?

– Dans mes cours de marketing.

– Euh, c’est un appel à l’aide, là ?

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