Emouvante

Chère Catherine D., encore une fois, on vous trouve là où on ne vous attend pas. Depuis que vous avez servi de modèle pour le buste de Marianne, vous vous êtes mise à la sculpture. Pourquoi ? Une révélation ? Un coup de foudre ?

Un besoin physique, je dirais plutôt. L’appel de la terre. Une envie primitive. Et c’est aussi un moyen pour moi d’apprivoiser le temps. En ce moment, par exemple, je retravaille le buste que Noor-Zadé a fait de moi. Mon objectif est de m’ajouter vingt ans. Ainsi, je serais préparée. Je m’amuse même à tailler ce passage. L’Art apprend à vieillir. Une actrice doit aussi savoir faire cela : vieillir…

Oui mais pourquoi ce médium ? Vous qui êtes une muse adulée depuis des années par les plus grands cinéastes, pourquoi n’êtes-vous pas passée directement derrière la caméra ?

Ah, c’est tout autre chose. Le cinéma, c’est abstrait. C’est de la métaphysique presque. Je pense que c’est un art plus réservé aux hommes. En tout cas, ce n’est pas pour moi. Moi, je préfère le contact, le toucher, la matière, les forces telluriques. Vous savez, rien ne remplace la réalité. J’ai très souvent joué de grandes amoureuses. Eh bien, je préfère aimer que jouer à aimer. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de jeu en sculpture, non, mais c’est différent. Il faut se glisser dans les plis de la nature, les suivre et les apprivoiser.

En prêtant vos traits à Marianne, vous voilà définitivement liée à la France. Dans le roc et pour l’éternité. Cela ne vous effraie pas ?

Non, parce qu’encore une fois, ne le prenez pas mal mais la France, pour moi, cela ne signifie rien. C’est une abstraction. A la limite, juste une convergence de fantasmes partagés. Dans ces conditions, j’espère être à son image : mouvante. Et puis, dans le bronze, je n’ai plus à craindre ma timidité. Me voilà à tout jamais complètement imperméabilisée des regards !

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