Nul n’est prophète dans son pays

– Vous aussi, vous l’avez aimé ?

– Oh oui, mais qu’est-ce qu’il était bête, n’est-ce pas ?

–  Bête est un mot trop animal pour lui ; je dirais plutôt idiot. Il pensait toujours à côté.

– Oui, mais il était si charmant…

Voilà plus de six heures que je suis dans l’atelier. Le petit vin blanc a remplacé le coca-cola du goûter des enfants. La séance du soir est aussi terminée. Depuis, je picole avec Noor-Zadé. L’alcool nous a rapprochées. Sa mauvaise foi me ravit, j’y vois là pudeur et élégance. Nous rions comme des garces, nostalgiques de n’avoir pas su garder ceux qu’elles aimaient.

Pourquoi suis-je restée ? D’abord, pour continuer à observer l’étrange ballet des enfants et puis les adultes sont arrivés. Sans m’en rendre compte, je me suis retrouvée moi-même la main à la patte et j’ai fait mes premiers pas, mes premières mains ?- en sculpture. En réalité, c’est pour elle que je suis restée. Cette petite femme aux allures de sorcière. Pour Noor-Zadé. Cette femme est une maison, elle a quelque chose qui vous retient.

– Et si on se tutoyait maintenant?

– Si vous voulez, Catherine.

– Franchement, tu penses que ça m’ira le bonnet phrygien ?

– A ravir, j’en suis sûre. (rires)

– Mais tu ne trouves pas grotesque toute cette mise en scène ? En quoi ressemblerais-je à Marianne ? Je n’ai jamais rêvé d’être une allégorie, moi.

– Tu es une muse, c’est différent. Et puis, tu devrais être plutôt fière de représenter la France. Ce n’est pas à moi que le grand ON me le demanderait !

– Mais tu es si belle !

– Oui, mais étrangère. J’ai beau être française, j’ai les traits d’ailleurs, ma langue bégaie, je ne suis pas d’ici.

– Foutaises ! Pour preuve, c’est bien à toi qu’ON demande de me re-créer.

– C’est normal, nul n’est prophète dans son pays.

–  Si j’accepte, ça sera pour toi.

– Et moi, pour la France.

– Ok, marché conclu Je poserai pour toi. On commence quand ?

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