Régime intellectuel

Une onde est sans matière, une honte a cent manières. A force d’humiliations répétées, je décidais un jour de rompre mon régime intellectuel. Par excès d’orgueil. Je n’étais pas à la hauteur de ce que j’aurais aimé. A l’avenir, je ne lirais plus aucun livre, je n’écouterais plus aucun philosophe et je ne prendrais plus la parole pour émettre une quelconque pensée. Je quittais la bataille, je rentrais dans le troupeau.

C’était une rupture, une rupture radicale mais imperceptible. Je donnais congé à mon cerveau. Y avait-il de la joie en cela ? Oui, je crois. La bêtise est confortable. La bêtise est amnésique. La bêtise est bêtifiante. Un loup serait un loup, un chat un chat, un sous un sous et puis basta.

Le temps ne coulerait plus, il n’y aurait plus de avant et de après, plus de découvertes fulgurantes ou lentes, plus de mouvement, seulement le ronronnement doux du surplace. Que risqué-je ? Au pire, une crise de foie de tant d’âneries cancanées.

Bien sûr, mon corps ne serait pas en reste. J’entretiendrais ma mécanique dans des clubs de gym coûteux, proposant des abonnements avantageux à moins de 300 € l’année. Je suivrais le programme des machines destinées à me faire du bien. Je marcherais au pas.

De même, pour ne pas rouiller les rouages de mon cerveau, je le huilerais de temps à autre. Comment ? En travaillant pardieu ! J’endosserai mon costume d’autrefois et je mettrais en œuvre mon savoir-faire passé. Et je créerais de nouveau des concepts…pour la publicité.

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page