Attentat à la pudeur

« 21 cadavres sans tête retrouvés dans la mare au canard le jour de la saint-Jean », « L’éclipse de lune le rend fou : il décapite femme et enfant puis se pend », « l’infirmière tueuse en série de nouveaux nés toujours en cavale ». Ces titres alléchants et macabres vous agressent à votre kiosque. Vite, vous détournez le regard. Trop tard, le mal est fait. Le cauchemar vous tourmente déjà. Vous vous rassurez immédiatement. C’est trop gros pour être vrai. Comment des gens peuvent-ils lire de telles cochonneries ? Pire, les écrire même ? Pour oublier, vous vous précipitez sur votre magazine préféré. Sa une vous promet la perte de trois kilos d’ici le début de l’été. En voilà quelque chose de réconfortant. Vous trouvez ? Moi, non.

Je préfère le morbide à la violation de mon intimité, les faits divers graveleux aux injonctions morales ou physiques, la peur à l’obéissance. Et tout naturellement, j’écris donc pour le combien célèbre et décrié l’effet d’hiver. Après lecture, il n’y aura plus de chaleur dans votre coeur…

J’ai commencé comme journaliste d’investigation pour la rubrique faits divers d’un journal local. Je me suis frotté peu à peu à la clique des avocats militants et magistrats intransigeants, grands bandits et petits héros, reconstitutions du crime, mensonges et fantasmes. Cela m’a plu, j’ai continué. Je n’ai pas perdu mon esprit de sérieux mais je me suis peu à peu plu à utiliser ces histoires comme un puit à fantasmes. Pour une fois, le réel dépassait l’imaginaire. Aujourd’hui, il me suffit d’une rapide enquête, parfois juste une brève à récupérer, pour vous concocter histoires gores bien romancées. Je suis devenu comme ces auteurs de roman noir, encore plus habiles à imaginer les crimes et autres dépravations que leurs véritables auteurs…

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