Qui n’a jamais couché avec Johny H ne pourra jamais le comprendre

Il est six heures du matin. Je rentre donc chez moi. Je suis dans le métro en compagnie des femmes de ménage. J’ai le sexe gonflé, les lèvres violacées, le cul défoncé et un nouveau secret rien qu’à moi. Je n’ai jamais été si heureuse. L’aurore m’appartient. Je souris béatement, comme une de ses saintes névrosées qui vient de se faire troncher par Dieu. Moi, mon Dieu, depuis quelques heures, c’est Johny. Je le connais, enfin, je veux dire au sens biblique : nu. Et sa chair a pénétré ma chair. Tout est facile avec lui. Johny vous rudoie, se tait et puis se confesse. J’entre dans son histoire, celle d’un enfant à la recherche d’un père, d’un rêve américain peut-être. Je l’ai agressé toute la soirée. Le lion recevait mes piques comme des caresses. Impavide. Sûr de son pouvoir à dompter les jeunes mégères hystériques de mon genre. Nous avons beaucoup bu, beaucoup mangé. J’en ai même oublié mes principes : no alcohol, no food &… no sex. Tout s’est précipité dans une chambre d’hôtel.

– Vas-y la première. Réserve à ton nom. Je te rejoindrai ensuite. Ne t’inquiète pas, je te rembourserai ensuite. Non, ce n’est pas ce que tu crois. Je n’ai pas envie d’être reconnu, c’est tout. Envoie-moi le numéro de la chambre et j’arriverai aussitôt.

J’ai suivi ses instructions, hypnotisée. Je l’ai attendu, seule, dans la chambre vide. « Je suis dans la chambre 23, premier étage gauche, viens. » Je n’ai pas osé enlever mon trench. Mais j’ai envoyé valser mes escarpins et j’ai ri du plus profond de ma gorge, surprise par ma propre audace. J’aurais pu vomir, pour une fois je ne l’ai pas fait. L’air climatisé était froid. Le décor avait l’allure d’un carton pâte. J’ai mordillé la peau morte autour de mes ongles. J’ai saigné, un peu. J’ai léché ma plaie, le goût de mon sang m’a rassurée. La tête me tournait, l’alcool continuait à courir sa folle course dans mes veines. Johny ne venait toujours pas. J’ai imaginé, un instant, sa fuite, sa dérobade, sa moquerie. Et puis, finalement, non, trois coups ont retenti et notre scène de ménage pouvait, enfin, commencer. Il était là dans l’embrasure de la porte avec son torse si immense, si étrange. Je me demandais si cette proéminence était liée à ses excès de bête de scène. L’homme avait-il été déformé à force de vociférer devant des stades entiers ?

– J’ai ramené une surprise. Un petit complément d’ivresse, ma belle !

Il a brandi une bouteille de cognac.

–  C’est bien. Tu ne t’es pas déshabillée ; par contre, remets tes escarpins. J’adore ça.

J’avais perdu toute volonté, je me laissais téléguider par ses ordres. Nous ne nous étions toujours pas embrassés. Il m’aurait tuée à l’instant, ça m’eût été égal. Je me suis penchée pour attraper mes talons aiguilles. J’ai enfilé celui de gauche. Il m’a arraché au vol le deuxième. Dans ma posture de flamant rose déséquilibré, je l’ai vu ouvrir sa bouteille, en verser le contenu dans ma chaussure droite pour enfin le porter à ses lèvres.

– Viens, approche-toi et bois-moi.

Il a ouvert sa bouche, j’y ai collé la mienne et le feu s’est déversé dans ma gorge. C’était bon. Ses mains se pressaient autour de mon corps. Il m’a ordonné de remettre mon deuxième escarpin. Mes seins se haussaient au niveau de sa tête, il s’est enfoui dedans. Et nous sommes devenus sauvages. J’ai demandé encore de boire le liquide brûlant dans sa bouche. Nos langues se sont entremêlées. Il a défait mes habits jusqu’à ce qu’il ne me reste plus que mes sous-vêtements, bas et escarpins. J’ai voulu dégrafer mon soutien-gorge, il a arrêté mon geste.

– Non, surtout pas, s’il te plait. Tu es bien plus désirable comme ça.

C’était bien la première fois qu’un mec ne préférait pas me voir entièrement nue… Puis, à son tour, il s’est déshabillé, consciencieusement, honnêtement, intégralement. Johny était là, devant moi, nu et la queue dressée. Un tableau de Francis Bacon ne m’aurait pas plus effrayée : ce mélange de chair flasque, molle et vieille qui s’enfuit déjà, se désagrège, et de vie flamboyante, insolente, bandante. J’ai pensé au corps malade de mon père que j’avais soigné si longtemps. J’ai aussi pensé à l’adolescent du bus au parfum trop capiteux pour son âge. Sa peau était étrangement douce et soyeuse. Moi, ce corps me plaisait, pire son dégoût même, la répulsion qu’il créait en moi, m’excitaient. Je mouillais. J’étais devenue un cul, dans toute sa splendeur. J’étais moi. Enfin. Et je me sentais capable de jouer la pute, la maîtresse, tout ce qu’il voulait tant que Johny me prenne encore dans ses bras et qu’il me fasse goûter ses lèvres et sa queue. Je ne pensais plus, j’existais, je criais et je découvrais en moi cette inconnue, cette folle, mon pouvoir et ma force noire. C’est une autre que moi qui parlais. Je ne pouvais pas l’appeler par son nom. Il n’y avait pas de place dans l’intimité pour un personnage public. Je l’ai rebaptisé.

– Oui, viens, Mamour, hit me !

Il a hésité, un instant, son corps lourd « comme un cheval mort sur moi. » J’ai ri en me souvenant de la bêtise de ces paroles. Et il m’a frappée de toutes ses forces tout en me pénétrant. Je ne sais pas si c’est de la jouissance ce que j’ai ressenti. C’était pire, c’était de l’ordre de l’interdit. Nos deux corps déchus sont tombés, épuisés sur les draps défaits de notre lit. Il s’est blotti dans mon cou, lui aussi, encore effrayé de nos abandons. Nous avons dormi une heure et puis, je me suis enfuie. En laissant mon numéro de téléphone et de fax sur la table de chevet…

Il est six heures du matin désormais. Je rentre chez moi. Je suis dans le métro en compagnie des femmes de ménage. J’ai le sexe gonflé, les lèvres violacées, le cul défoncé et un nouveau secret rien qu’à moi. Je n’ai jamais été si heureuse…

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