Mon sexe

Mon sexe gonfle et prend toute la place. Je ne peux plus penser qu’à lui. Pour la première fois de ma vie, je sens mes lèvres et mon urètre en feu. Je ne supporte rien de trop serré, rien de synthétique. Juste une petite culotte en coton et une jupe évaporée. Je marche comme un cow-boy. Au parking, la vue de la selle de mon vélo me donne un frisson. Non, je crois que je vais prendre le métro, mettre mon casque sur les oreilles et oublier. J’aime. Un homme âgé. J’énumère les années qui nous séparent pour m’endormir. Un an, deux ans, trois ans, quatre ans, cinq ans, six ans, sept ans, huit ans, neuf, dix ans, onze ans, douze ans… Comme une petite fille, j’apprends à compter… Treize ans, quatorze ans, quinze ans, seize ans, dix-sept-ans, dix-huit ans… Mon Dieu, il pourrait être mon père, et alors ?…Dix-neuf ans, vingt ans, vingt-et-un an, vingt-deux ans, vingt-trois ans… On va peut-être s’arrêter là, non, j’enchaîne les perles de mon chapelet …vingt-quatre ans, vingt-cinq ans, vingt-six ans, vingt-sept ans, vingt-huit ans… Est-ce que je regrette tout ce temps entre nous ? Non… vingt-neuf ans, trente ans, trente et un ans, trente deux ans, nous y voilà, bonne nuit !

La musique me berce : de la soul des années 70, douce et sensuellement violentée par des harangues hip-hop. Je me sens femme, déchirée et ouverte. Je ferme les yeux et me souviens de son halètement. Je suis réveillée par des rires. Je me découvre entourée de grosses mamas magrébines. Ce sont des femmes de ménage, les premières levées dans cette ville travailleuse. Je le devine à leurs mains rougies par le henné et la besogne. Je les contemple, elles ont encore la peau soyeuse et des bouches de jeunes filles. J’ai les tétons encore pointus, brûlants, arrachés. Je n’ai pas pris de douche. Je suis pleine de son odeur. Nuit blanche comme mon désir. Nuit grise comme l’interdit. Nuit rouge comme l’ivresse. Nuit noire comme nos sexes. Je t’avale encore et encore. Oui, là, profond dans ma gorge. J’ai soif. J’ai faim. Je ne voudrais plus jamais dormir. Pour la première fois, je suis entièrement moi, je ne suis qu’allégresse, joie, félicité. Je suis Laetitia !

 

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