Le guide

Parfois, je discute avec une femme. En cinq minutes, je cerne ses failles. Nous rions, elle se laisse doucement aller et je me retiens désormais pour saisir le moment où je dois dire, l’air de rien, sur le même ton badin de notre flirt léger : « you shoulf marry me…tu devrais m’épouser…Sie sollten mich heiraten… ». On ne se défait pas si facilement de ses tics de professionnel.

Pourtant, je suis enfin de l’autre côté. J’ai obtenu ce que je voulais. Il en a suffi d’une pour me dire oui et mon vœu a été exaucé. Bien sûr, cela a pris quelques mois. Il a fallu subir l’enquête de l’ambassade et répondre positivement de notre amour librement partagé. Les convaincre ensuite de l’intention purement libérale de la donation en mon nom. Je suis peut-être l’un des seuls hommes devenu libre par son mariage.

Je chéris mon épouse en dépit de tout ce que les autorités et autres suspicieux pensent. Je n’ai jamais agi par cynisme. J’aime les langues étrangères, les pierres et les femmes. Et c’est donc tout naturellement que je les guidais dans ma ville pour leur raconter ses histoires. Je ne mens jamais, je fabule, c’est tout.

Quand je suis arrivé ici, je me suis dit : bon, fini tout ça, tu as gagné l’Europe, tu as quitté ta misère, tu t’es trouvé une femme, tu vas vivre ta vie maintenant. Et je me suis assis à la terrasse d’un café, désoeuvré…

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