Renversement paradoxal

Cerise

Je sirote tranquille un Singapore Sling au bar. Un homme aux tempes grisonnantes s’approche de moi, bien décidé à écourter mon quart d’heure de répit. Mon instinct ne me trompe pas : un intello, faussement coincé et clairement sournois. S’il pense cueillir ma substantifique substance en moins de cinq minutes pour me dresser un petit portrait bien léché demain dans Libé, il se met le doigt dans le…. Je suis habituée aux rapaces de son genre. Mon métier est de faire croire que je donne ce que les autres ne donnent pas. Et de cerner à qui j’ai affaire. J’ai un rempart indestructible qui me protège toujours : le sexe. Le monsieur aux tempes grisonnantes s’appelle Francis. Il veut donc jouer avec moi ? Qu’à ne cela tienne, jouons. Je lui décoche mon cache-téton, l’agite sous son nez. Il est prêt à tourner de l’œil…

Francis

Francis avale cul sec mon verre, enlève sa chemise et se retourne vers Cerise. A son tour de jouer. Elle ne l’aura pas si facilement, la garce.

–         Vous pouvez m’aider à l’accrocher ?

–         Quoi ?

–         Votre cache-téton.

–         Vous me l’avez offert, non ? j’ai envie de le mettre !

Elle est surprise, il sort du cadre. Il ne correspond pas à l’image qu’elle s’est faite de lui. Il savoure son petit triomphe et reprend l’avantage.

 

Petit matin

Comment en suis-je arrivé là ? Quelques fragments de la veille me reviennent : moi, dansant à moitié nu au bar, un cache-téton sur le torse et le sourire aux lèvres. Moi, hurlant comme un fou de la Saint-Jean : « je suis la fille du gâteau et j’aime ça ». Ok, mais tout ceci n’explique pas pourquoi je suis dans une chambre que je ne connais pas, allongé dans un lit inconnu et dans un corps qui ne m’appartient pas ?

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