Journal intime de Mme Chassé

Vendredi 24 septembre

Je viens de raccrocher le téléphone. Longue conversation téléphonique avec Maman. J’ai craqué et je lui ai déballé tous mes déboires de la semaine : les élèves qui me traitent comme une bonne, les collègues indifférents à la petite nouvelle que je suis, la convocation chez Mr le proviseur parce que portais un jean -ce qui est interdit à la gente professorale dans son établissement pour ma gouverne et « que cela ne se reproduise pas ! » -quelle humiliation ! quand j’y repense ; pour la première fois de la vie, j’ai senti ce que pouvait ressentir un mauvais élève ! – et, enfin, le clou du spectacle : mes deux heures d’errance à travers la banlieue chic pour retrouver le chemin de chez moi… La honte intégrale !

Bien sûr, Maman a raison, je ne dois pas m’inquiéter, je dois me reposer. Tout cela n’est rien et simplement dû à ma fatigue. C’est normal, je viens d’arriver dans un pays que je ne connais pas et j’exerce pour la première fois réellement mon métier. Et puis, je n’ai pas arrêté cet été avec la préparation de mes cours et de mon déménagement. De toute façon, je ne dois pas revenir sur ma décision, c’était la meilleure chose à faire. Je ne pouvais plus rester en France à attendre sempiternellement que Pierre quitte sa femme… Maman a raison, j’ai bien fait de prendre ce départ.

Oui, mais je ne croyais pas que cela soit si dur… Je me sens si seule, si perdue ici… Moi qui pensais au moins trouver le soleil…depuis mon arrivée, il ne fait que pleuvoir sans discontinuité ! Or rien ne semble adapté pour ça ici. Il faut en permanence zigzaguer entre les piscines sur les routes défoncées. Oh, la, la, bonjour tristesse !

Résolutions pour ce week-end donc. Je vais essayer de me détendre, d’aller au hammam par exemple. J’appellerai aussi Mme Droniou, la documentaliste du lycée. Elle est peut-être très bavarde mais au moins c’est la seule à s’intéresser un peu à moi. Peut-être pourra-t-elle me faire visiter la médina… Et peut-être oserais-je lui demander conseil pour mes problèmes d’autorité avec la seconde B… Est-ce définitivement perdu parce que je n’ai pas su m’imposer les quinze premières minutes comment on me l’apprit à l’IUFM ? Non, il faut que je redresse la barre et j’y arriverai ! Allez, courage, Sandrine !

Sur ce, au dodo ! Repos compensatoire bien mérité…

Mercredi 10 octobre

Ca y est, j’ai trouvé avec mes Seconde B ! Je sais enfin comment retenir leur attention ! Ouf, je suis sauvée…

A SUIVRE…

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page