Bain de minuit

Romain et Ophélie assis en tailleur sur la plage désertée, la nuit. Ils fument. Tout d’abord, on ne voit que les bouts de leurs cigarettes incandescentes qui dansent puis, peu à peu, leurs visages s’éclairent.

Romain

– Je ne pensais pas que tu viendrais.

Ophélie

– Je ne pensais pas que tu me rappellerais.

Romain

– J’ai été con, désolé.

Ophélie

– Non, c’est moi. A un certain âge, on ne se trimballe plus avec ses fantômes…

Romain

– Tu sais, chacun ses casseroles…

Ophélie

– Parce que tu y crois désormais à mes histoires ?

Romain

–  Non, je pense juste que t’es givrée…cinglée…hystérique…mytho…lunaire…

Ophélie

– Je dois prendre ça comme des compliments ?

Romain

– Oui, tu es femme, très femme en fait…Et, au bout du compte, ça me plaît.

Ophélie

– T’as perdu plusieurs neurones ou quoi ? C’est toi qui es fou.

Romain

– Non, je suis juste heureux Ophélie. J’ai couru comme dans un rêve et te voilà. Tu m’as dit oui alors que tu aurais dû dire non. Et la vie s’offre à moi, immense et dangereuse, je l’espère, comme cette plage déserte battue par les vagues. Christobal Lebouquetin m’a pris comme apprenti et bientôt c’est moi qui créerais les souliers de vair des femmes que l’on poursuit. Je penserais cambrure, mollet, genoux déliés et désirs… C’est magnifique, non ?

Ophélie (dénudant ses pieds)

–  Et mes pieds, t’en penses quoi ?

Romain

– Ils sont fins et nerveux. Tes mollets sont musclés, à force de trépigner sur ton ring de boxe ou de trimballer tes docs Martens. On dirait que tu as besoin de mettre des poids à tes pieds de peur de t’envoler.

Ophélie

– Charmant.

(Silence)

Romain

– On va se baigner ?

Ophélie

– Quoi, maintenant ?

Romain

– Oui, allez, chiche, un bain de minuit !

Ophélie

– A poil ?

Romain

– T’es cap ?

Ophélie

– Non…

Romain (qui commence à se déshabiller)

– Mais t’as envie ?

Ophélie

– Ok, mais je reste en soutif et culotte.

Romain (déjà à poil, déjà courant vers la mer)

– Comme tu veux ! Moi, je cours à l’eau. Je ne te regarde pas, t’inquiète. Je t’attends dans les vagues. Yeha ! Ma mer, me voilà

Ophélie

– Attends, attends-moi, Romain, j’arrive !

Romain et Ophélie dans l’eau. Scène de joie. Plaisirs dionysiaques. Fureur de vivre. Goût salé de la nuit et de l’infini. Sauts de cabri dans les vagues. Eclaboussures et baisers.

(Musique :  Des coups de latte, un baiser… Mes élans me courent et m’entraînent…Vers d’autres riveraines…Vers la grande inconnue…Loin du réconfort)

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