Suzanne Cohen

– Moi, je n’ai rien vu. Je portais des œillères australiennes. Je galopais et je n’ai rien entendu. Les chants des sirènes ne m’ont pas détournée. Pas même, les fictions de Narratrice à mes côtés. De toute façon, elle est à moitié folle, elle se raconte toujours des histoires. Quoi, il y a un fantôme parmi nous ? Et alors, que m’importe, ça me fait un beau jarret ! Les autres se sont affolés, pas moi. A vrai dire, seul ce petit jockey sur ma croupe me dressait le poil. Si seulement j’avais pu m’en débarrasser… Mais les petits hommes sont généralement tenaces. Ils enlacent leurs mains dans vos crinières et alors impossible de les éjecter. Je n’en ai cure. J’ai couru vers ma liberté, celle que j’ai définitivement perdue. Je galope, je suis un esprit libre, je suis l’éternel outsider. Je suis Suzanne Cohen, jeune pouliche au sang chaud et à la robe alezan brisé. Mon nom vient de la chanson de Leonard Cohen. Et pour la première fois, aujourd’hui, j’ai gagné.

Voix off (Ophélie à son fantôme de père)

– Allez, viens, on rentre ! Je crois bien qu’on a tout perdu aujourd’hui…

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page