Brise-moi

Ophélie marche d’un pas rapide, poursuivie par un type patibulaire. Une sorte de clown blanc. Son nom ? Brise-moi. Ophélie s’arrête brusquement, se retourne et se retrouve nez à nez avec son zélé poursuivant. Visiblement agacée, elle lui dit :

– Ah, ah, surprise ! Tu ne t’attendais pas à ce que je fasse volte-face.

Il reste coi.

– Bon, ça suffit maintenant, Brise-moi. Retourne d’où tu viens. J’en ai assez. Tu ne veux pas te décider à mourir un peu, non ?

– Ca t’amusait avant…

– Quand j’étais enfant, oui. Mais tu es plus âgé que moi aujourd’hui. C’est ridicule. Personne n’a envie d’être plus vieux que son père.

– Et alors ? Tu es toujours aussi jolie. Moi, ça ne me dérange pas.

– Moi, si. Tu m’encombres. Tu n’avais qu’à vivre ta vie quand tu le pouvais et voilà, point. Je dois déjà démêler mes rêves et cauchemars de mes vingt ans… si, en plus, il faut que je m’occupe tes tiens, moi, je donne ma démission !

– Ne fais pas le même geste que j’ai fait, je t’en prie !

– Et tout de suite, le lyrisme, les grands mots et le nombril de Monsieur ! Je vais te dire quelque chose. Non, ne hoche pas la tête. Non, ne te bouche pas les oreilles. Tu veux que je te dise ? T’es mort. Ton temps s’est arrêté, ok ? La preuve ? Tu bugges en permanence. Toujours la même ritournelle, tu ne te fais que de te répéter.

– Tu comprendras plus tard.

– Non, jamais. Et c’est bien pour ça que tu seras toujours à mes basques. Avec ton remord éternel. Parce que tu ne sais pas aller de l’avant, tu ne sais pas changer ni évoluer. Tu veux que je te dise ? Tu es figé, bloqué, mort, plus que mort ! Tu veux que je te dise encore ?

– Attention, tu commences à prendre des tics de langage, ma chérie !

– Et toi, des vers fourmillants ! T’as plus de bande pour continuer. Alors, ne viens plus empiéter sur la mienne, ok ? La vie est plus grande que toi et je compte bien en profiter, ok ?

Bon, ça va, t’es lourde. Ce n’est pas la peine d’être méchante. J’avais pigé. C’est juste que je m’ennuie là-bas. C’est vraiment mortel, tu sais, l’infini. C’est si triste de toujours rester au vestiaire, d’être le remplaçant oublié sur le banc de touche…

Il fallait y penser avant.

Silence.

– Pardon.

– Si ma pauvre complainte t’exaspère tant, vas-y, ne te gêne pas : oublie-moi et jette moi aux orties.

Silence.

– Bravo ! Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

– Je peux venir avec toi ? …s’il te plait…dis…

– Ok mais c’est la dernière fois ?

– Oui, oui, la dernière fois, promis.

– Tu parles, c’est toujours ce que tu dis…

– On va où ?

– A l’hippodrome, j’ai un rendez-vous galant là-bas…

– Quelle idée ! Le PMU, c’est romantique maintenant ? Je me demande bien où tu es encore aller dénicher un tel garçon…

– Tu te tais et tu me suis. Discrètement. Tu fais semblant de ne pas être avec moi, ok ?

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