Scarface

Mon père a une cicatrice en haut de la pommette gauche comme une marque d’oreiller laissée au matin par le sommeil. Comme si la nuit et les rêves qui la traversent l’avaient définitivement marqué de leur sceau. Mon père n’appartient pas au jour, il vous raconte des chimères nocturnes. Ses paroles ont le son cristallin de l’argent. Sa voix est une Méduse, douce et sifflante, elle vous enlace et vous ne vous rendez pas compte que déjà ses serpents vous entourent et vous piègent.

Mon père est un beau parleur, un bluffeur, un maître-chanteur mais il est tellement bon de le croire. Ses duperies, même si elles vous trahissent, sont bien plus belles que la réalité. Aujourd’hui, sa gigantesque escroquerie est dévoilée au grand jour. Ses victimes le regrettent. Non pas pour l’argent perdu –elles sont toutes déjà millionnaires- mais plus pour le plaisir perdu à tout jamais du désir et de l’excitation que savait encore leur procurer mon père.

On ne peut haïr un tel homme. C’est bien mon problème. Moi, je suis blafard à ses côtés, bêtement rationnel et pragmatique. Pour moi, deux et deux font quatre et point barre. Je cherche la vérité dans un monde qui n’en a pas. Je tiens la laisse du chien encore plus fort entre mes mains. Nous n’avons jamais eu du chien. Le seul qui frétillait la queue de joie sous les traces du pater, c’était moi…

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