Cris dans la nuit

Et merde ! Voilà Junior qui se met à brailler… J’y retourne, l’esprit blanc. Refais les mêmes gestes et console la boule de chaleur entre mes bras. Chagrin d’enfant mouillé et collant. J’hésite à l’emporter avec moi. Mais, avec lui, je ne pourrais pas. Odeur de bébé, de crème Mustela et d’innocence. Je berce le petit, mon troisième fils, mon héritier.

Sa mère est dehors, de nouveau star d’une soirée quelconque où elle affiche son sourire carnassier et ses sexy babines. Elle n’est pas mauvaise, elle veut juste réussir. Je l’envie parfois d’y croire encore.

Demain, ils n’auront rien. Ils devront changer de quartier. Je les ai déshérités tous deux. Zhou, hors-jeu, jetez-moi ces deux-là de mon testament ! Qu’ils ne touchent aucun de mes dollars, ne les salissez pas plus ! Ils me haïront d’abord et puis peut-être me comprendront-ils. Je veux juste rompre la chaîne.

L’enfant s’est assoupi sur mon épaule, tachant ma chemise d’un léger filet de bave. Je le pose dans son berceau et l’abandonne sans me retourner.

Il y a parfois plus de courage dans l’abandon qu’on ne le croit. Plus de confiance en la vie qui continuera, envers et malgré nous. Il faut revoir les droits d’homme, je ne sais plus qui disait ça. Il manque le droit de décider de sa vie.

Je ferme doucement la porte derrière moi. Regarde ma Vacheron & Constantin, 23h23 déjà. Le dernier cadeau de mon père. Je suis fan de belles montres, tout comme lui. Ca paraît futile et ridicule, cette passion pour ce qui mesure la fuite des heures. Les dépenses folles pour ces merveilles mécaniques. C’est le dernier obstacle contre lequel se heurte l’argent : le temps.

Mes humeurs philosophiques ne sont pas de très bons augures.  Je me rassois dans mon club, je reprends ma laisse de chien qui me lacère les paumes de main. Tout ceci est idiot, nous n’avons même pas de chien. Je me demande encore si j’en serais capable, capable de payer le prix de tout ça. En face de moi, de l’autre côté de la rue, le flash par intermittence d’un panneau publicitaire lumineux m’interroge:  « we offer what money can’t »

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