Soutien sans t

« Dans le contexte actuel des mouvements populaires, la fondation Kramer soutien entièrement les peuples qui se révoltent pour la liberté et pour la justice sociale. » Je n’ai pas osé lui dire mais il avait fait une faute d’orthographe. Majeure. En plein dans la mille. A la première phrase. Il avait écrit le verbe soutien sans t. C’eût été mesquin de souligner cette absence de marque de conjugaison pour quelqu’un dont le français n’était pas la langue maternelle. C’eût été petit de s’attarder encore à l’absence d’une lettre au milieu de la grandeur d’un tel pamphlet porté par un tel élan d’audace et de liberté. Oui, mais comment lui dire que personne ne pourrait le prendre au sérieux parce qu’il n’avait pas su distinguer un verbe d’un nom ? La pire insulte en France n’est pas contrairement à ce qu’on croit : « et ta mère ? » mais bel et bien : « et ta grammaire ? »

J’aurais voulu lui venir en aide. Mais comment ménager à la foi son orgueil de mâle et sa juste cause ? Pourtant, je n’avais pas le choix. Je devais sortir mon stylo rouge et rayer, saturer, remplacer… Je devenais devenir la norme, la loi, l’Etat qui nous fait violence. Je me serais bien passée d’endosser ce rôle-là.

Le pire, c’est que ça m’exaspérait : là, il manquait une virgule qui brisait la cohérence d’une phrase ; ici, un participe passé se transformait en infinitif. Et plus, je dégainais mon flingue rouge et plus, j’avais honte de mon propre agacement. La forme avait-elle désormais, pour moi, plus d’importance que le fond ? Petite, je n’en avais cure pourtant. J’étais toujours la dernière en dictée. Je n’avais pas besoin de rentrer dans le cadre commun. Mes connexions, je les faisais ailleurs. Aurais-je donc tant changé ?

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