Révolution et confettis

– Puisque je te dis que ce fauteuil est rouge.

– Génial ! Toi, tu vois des couleurs où il n’y en a pas.

– Non, je t’assure, il a la flamboyance du rouge passion, du rouge sang…

– Du rouge coco, oui !

– Qu’est-ce que tu peux être ringarde à voir des communistes à tous les coins de rue !

– Ce n’est pas de ma faute, c’est ce que je lis en ce moment : Karl Marx, mon amour.

– Ah oui, c’est l’histoire d’une femme qui tombe amoureuse d’un chimpanzé.

– Non, tu confonds avec le film avec Charlotte Rampling, Max Mon amour

– Ah, pardon ! Et ça parle de quoi alors ?

– Ecoute, je n’ai pas encore très bien compris. L’auteur est inconnu, il signe du titre de l’amant de SB. Un amoureux dépité à mon avis qui se venge de sa belle. Pour preuve, l’énigmatique citation d’entrée : « Tout ce que j’ai essayé depuis, c’est de vous reprendre ma vie… »

– Oui, ok mais tout ça ne me raconte pas l’histoire…

– Eh bien, c’est une petite fille riche, Marie-Rose, qui vit au Luxembourg. Elle fantasme sur les pauvres.

– Classique.

– Oui. Alors, elle lit, elle lit, encore et encore… Elle accumule le maximum de savoirs. Parce qu’elle sent bien qu’on va lui reprocher, un jour ou l’autre, d’être qui elle est. Elle a un peu honte, elle n’a pas de légitimité, tu comprends, dans sa prison de verre. Et puis, elle écrit, elle écrit encore…sur ce que devrait être le monde. Elle poste et bombarde sur Internet, elle veut répandre l’épidémie. Elle lutte, elle se démonte un peu la tête aussi.

– Bon, ok, mais elle tombe amoureuse quand ?

– Oh, la, la, qu’est-ce que tu peux être cliché ! Tout de suite, il te faut une petite histoire d’amour. Les grandes idées, non merci, très peu pour toi, c’est ça ? Tu ne goûtes pas à ce pain-là, toi…

– Non, c’est le titre ! Attends, Karl Marx, mon amour quand même ! C’est qui ce Karl ?

– Le patron de l’International, tu sais, ce café où les groupes commencent à Paris. Bref, un propulseur de talents qui lutte contre les grands majors.

– Qu’est-ce qu’il fout là, lui ?

– Eh bien, il a repéré Rosa sur Myspace et il l’a fait venir à Paris. Ah oui, entretemps, Rosa a simplifié son nom, sa métamorphose est en place… et elle chante aussi .Elle est très multimédia, il faut se donner tous les moyens aujourd’hui. Elle est donc devenue une sérieuse activiste sur le Net. Elle s’est créé un groupe sur Facebook, elle a déjà 10 000 friends et elle compte bien faire son premier coup d’éclat : faire sauter l’Usine, la première salle de sport pour millionnaires à Paris. La nuit pour qu’il n’y ait aucun mort, bien sûr.

– Elle est complètement marteau, ta nana !

– Non, elle est simplement en recherche de la frayeur constructive.

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page