A la recherche de Louise

Premier étage, deuxième étage, troisième étage, je ne la trouve nulle part. Je me résigne à m’adresser à l’une des vendeuses. J’en vois une, au loin, grosse et rouge peroxydée, l’air revêche. Parfait ! Ce genre de vieille fille adore être caressée dans le sens du poil. Elle a tout pour mordre à mon hameçon :

– Bonjour, permettez-moi de me présenter. J’enquête pour un grand institut de sondage RH et j’aurais besoin de votre aide.

– Je vous en prie, jeune homme.

– Voilà, nous travaillons sur les inégalités au travail, et tout particulièrement sur les discriminations faites aux femmes. N’auriez-vous pas, par hasard, ici, parmi vous, une vendeuse enceinte ?

J’avoue, parfois, quand je veux être poli, j’en fais un peu trop. Ma cible me regarde, l’œil torve et vide.

– Il n’y a personne ici, désolée. Et vous savez, ce n’est pas la peine de vous cacher si vous travaillez à l’inspection du travail.

Tant pis, je me grille totalement. Je dois bien me libérer de mon désenvoûtement, moi.

– Bon, excusez-moi d’insister. Mais vous êtes sûre de ne pas connaître une jolie fille, format poupée, le visage carré, les fossettes hautes, les yeux farouches aux traits de vahiné, les longs cheveux lianes…

Je vois son visage se décomposer au fur et à mesure que je lui compose celui de…

– Louise ! Qu’est-ce que vous lui voulez ? Ce n’est pas possible. Ce n’est plus l’inspection du travail, c’est Babylone. Ou pire…

Elle monte sa voix aigue d’un cran :

– Vous êtes journaliste ou quoi ? N’allez pas lui causer d’ennui, ça suffit comme ça.

– Pourquoi ?

Pas très maligne mémé, elle ne peut s’empêcher de cancaner :

– Rien, mais ils lui tournent tous autour, la petite. La dernière fois, elle en a tabassé un. Un peu plus et elle se faisait virer. Heureusement que j’étais là, je peux vous le dire, moi !

– Et elle travaille aujourd’hui ?

Sa bouche s’arrondit. Elle parvient juste à retenir à temps un oui, me marmonne un non hostile à la place et me congédie en me tournant le dos. Je m’en fous, j’ai ma réponse : la confirmation que Louise travaille bien ici. Ne me reste plus qu’à la trouver…  C’est alors que j’entends un mot surgir du passé : mon ancien nom de taggeur…

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