Grand Marabout

Après tout, autant soigner l’irrationnel par l’irrationnel… Qui sait, peut-être, cette Marabout, pourrait-elle le débarrasser du fantôme maternel et de ce cortège ininterrompu de futures mères ? Kader l’appelle. Et comme cette Claire Marabout est l’auteur de cette histoire et qu’elle désire que ses personnages se rencontrent de nouveau, voici ce qu’elle lui conseille le soir même :

– Ecoutez, je vois très bien votre situation. Votre fantôme de mère a raison. Cette fille vous a envoûté.

– Louise ?

– Oui, oui, la petite vahiné que vous avez rencontrée il y a cinq jours. Vous n’avez qu’un moyen pour ne pas être poursuivi par des femmes enceintes et pour clouer le bec à votre fantôme de mère…

– Ah oui, lequel ?

– Revoir Louise, la retrouver, lui parler.

– C’est bien gentil et comme je fais, moi ?

– Ecoutez, ça ne me paraît pas bien compliqué… Vous savez où elle travaille, non ?

– Euh oui…

– Vous savez où elle écrit, non ?

– Euh oui…

– Eh bien, allez-y ! Au revoir Kader, bonne chance ! Saha comme on dit chez vous…

– Attendez, combien je vous dois ? Et je vous paie comment ?

– C’est simple : menez au mieux votre histoire, tenez-moi au courant, surprenez moi en permanence, n’ayez pas peur d’être mauvais genre et, pour moi, ça sera gagné !

– Comme vous l’entendez… D’accord, merci !

Kader raccroche, circonspect. Il doute de la qualité du service : un marabout qui ne se fait même pas payer, on n’a jamais vu ça ! Ca ne marche pas avec lui, il connait la technique. C’est la même qu’utilisent les dealers. Le premier shoot est gratuit, offert, et il entraîne indubitablement un deuxième qu’il faudra ensuite payer cher, et puis un autre encore de plus en plus cher, etc. Il doute encore. La voix du marabout ne lui était pas étrangère. Ses mots tournent encore dans sa tête : « petite  vahiné », « saha »…

Ca y est, tout d’un coup, il sait à qui elle lui fait penser : sa mère… Irrité par la nouvelle manigance du fantôme, il décide d’aller se coucher. Il éteint les lumières de son salon, l’obscurité se fait de nouveau sur les murs couverts de ses propres graffs. Au loin on entend le grondement du périph. Kader se dirige vers sa chambre éclairée à la seule lumière de son ordinateur portable. Au moment où il s’apprête à lui fermer le clapet, une hésitation… Une curiosité… Et s’il jetait un œil sur le site de cette « petite vahiné », c’est ce qu’il fait…

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