Aukiffdesmeufs.com : se mettre au parfum

Je peux essayer ce parfum ?

Oui, bien sûr.

Il a choisi A portrait of a gentleman. Je ne l’ai pas vu s’approcher de moi. Maintenant, il me demande de le sentir là au creux de l’oreille, de m’engouffrer tout près, de respirer sa peau, de m’approcher au-delà de ce qui est permis. De le sentir comme un amoureux qu’on s’apprête à embrasser. Il le demande naturellement, en toute impunité. Erotisme de la situation, du hors cadre qui m’attire. Tout d’un coup, c’est un allié. On ne joue plus à la vendeuse et au client. Basculement et l’on joue à « on dit que tu es vendeuse et moi un client… et on en profite ». C’est enfantin et coquin.

Sa peau est dorée et ses yeux sombres m’assiègent. Il n’est pas vraiment beau, c’est pire. J’aime déjà son odeur, son goût qui me donne envie de plonger en lui, de le lécher, de l’embrasser, de le respirer, de le vivre. Un tel homme ne devrait pas mettre de parfum. Je préfèrerai sentir toujours son arôme, ses mouvements, sa sueur …

J’aimerais qu’il m’enlève, immédiatement, qu’il m’arrache de mon quotidien insipide de vendeuse du Bon Marché. Ne plus attendre et sourire comme un perroquet. Retrouver enfin mes qualités, ma liberté. Quand il me demande pour conclure la vente si je suis libre ce soir, je souris. Je bafoue. Je cherche un appui quelque part. Mon regard s’affole et tombe sur un autre en train de nous filmer, discrètement, là-bas, iPhone au poing. Je comprends ou je doute, je ne sais plus. Qu’importe, je m’apprête à faire quelque chose que je vais regretter.

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