Au nom du père

Interview

Votre premier roman s’appelle L’énigme Mendoza. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur votre père, le grand Luis Mendoza ?

– Parce que mon nom, c’est-à-dire le sien, est mon sésame ouvre-toi pour pénétrer sur le marché littéraire. Il m’a paru plus juste et honnête de lui rendre hommage. Appelons un chat un chat ! Les gens vont parler de moi parce que je suis sa fille. Inutile de tourner autour du pot. Ce n’est qu’un simple renvoi de boomerang. Et puis, il s’agit davantage d’une œuvre de fiction que des mémoires à proprement parler.

Justement, cette proximité entre réalité et fiction ne vous a pas perturbée ?

– Non, pour moi, c’est un truc d’adulte, cette frontière nette entre la fiction et la réalité. Pour dire autrement, il n’y a pas plus de réalité que de fiction. Tout n’est qu’histoires ! Mon père m’a abandonnée à deux ans. J’ai été élevée dans sa glorification. Il n’y a rien de plus présent que l’absence. Depuis toujours, je n’ai cessé d’inventer mon père. Et il y a toujours eu suffisamment de distance entre nous pour qu’il en soit ainsi. A seize ans, j’ai repris contact avec lui. Je l’ai vouvoyé et l’appelé par son nom jusqu’à la fin de sa vie.

Voulez-vous bien nous lire à présent un extrait de votre roman ?

– Oui, bien sûr. « Luis Mendoza est né en République fédérale populaire de Yougoslavie, pays au demeurant presque aussi vite disparu que ses deux parents. Contre toute vraisemblance, cet enfant non reconnu garde le nom de son père, célèbre torero andalou, qui s’était égaré un instant dans les bras d’une jeune gipsy et qui ne concevait l’acte d’amour que d’une manière aussi unique et absolu que celui de la mise à mort du taureau. Le jeune Luis est donc autant le fruit du hasard – la rencontre fortuite d’un heureux spermato de son père avec un ovule fertile de sa mère- que de l’amour – a posteriori que sa mère voua à son pater une fois celui-ci enfui. Ou peut-être que tout ceci n’est qu’une première affabulation de notre héros pour cacher son véritable nom, Ljuba Marinkovic, et redorer le destin tragique de sa génitrice, fille mère abandonnée des siens ? Que cette genèse soit fantasque ou réelle, elle témoigne déjà de son goût prononcé dès la plus tendre enfance pour le voyage, l’imaginaire et le sang… »

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