Vaudeville

Monsieur venait de rentrer dans la chambre de Madame ! Le sang de Sylvette s’arrêta. Ciel, leur rendez-vous ! Comment avait-elle pu l’oublier ? C’était à l’eau désormais. Madame était dans sa chambre et elle, prisonnière de ce placard avec ce maudit intrus… Tout était de la faute de cet Edouard ! De rage, elle le pinça. Il étouffa un râle.

– Quoi, Sylvette ?! , attaqua aussitôt Madame.

Surprise par son mari, la maîtresse de Sylvette appliqua la technique ci-dessus mentionnée: faire une scène pour détourner l’attention. Surtout Charles ne devait pas remarquer ses pupilles trop dilatées, sa chair si blanche, violemment rosacée, et le désordre qui l’habitait.  Et puis, surtout comment justifier tant d’émois à quatre heures de l’après-midi, heure où elle était censée prendre le thé chez Mme de Clermonter ? Voilà, la parade toute trouvée : pourquoi, diable, son mari cherchait-il Sylvette dans ses appartements ?

– Oui, Sylvette ! Si vous croyez que je n’ai pas vu votre manège autour de cette petite. Vos yeux vous trahissent à chacun de ses pas. Quelle idée de m’avoir fait engager cette toute jeune fille à peine dégrossie et maladroite ! Elle sent encore le foin ! Elle n’a que pour arguments que ses silences, sa poitrine gonflée comme une brioche dorée et cette odeur entêtante de violette…

« C’est vous, ça, Sylvette ? », demanda Edouard dans le placard ; Sylvette lui donna un coup de godasse : « Taisez-vous donc, je n’entends rien, quel dommage qu’il n’y ait pas de trou de serrure dans cette armoire !»

– Ah, vous me faites toujours autant rire ma bonne amie ! Pour qui me prenez-vous ? Moi qui n’aime rien tant que les femmes sophistiquées ? Les natures sulfureuses et encorsetées, les sensuelles savamment retenues, les femmes comme vous à dompter ! Moi, m’encanailler avec une simple soubrette aux cheveux de paille ? Quelle idée, voyons ! C’est par charité que j’ai fait engager cette petite, et je n’ai pas eu le choix, je vous rappelle…

– Mufle ! Traitez-moi de femme mûre pendant que vous y êtes, dont il ne vous reste plus qu’à ramasser les fruits !

– Mais, ma foi, vous êtes jalouse !

Les oreilles de la penderie ne perdaient pas un mot de la dispute, c’était si drôle. Sylvette imaginait les poses que devait faire Madame, du grand Sarah Bernhardt à coup sûr. Et puis, elle se sentait étrangement bien. Edouard était lui aussi au paradis : ses mains, à défaut de fumer, louvoyaient discrètement autour de sa voisine :

– Mmmh, quel délice d’être enfermé avec une Sylvette à la violette.

– Oh, vous, arrêtez de faire le malin ! Si vous croyez que je n’ai pas remarqué vos pinces de homard.

– Oh, oh, Mademoiselle, aurait-elle donc de la réplique comme sa maîtresse ?

Il fut interrompu par la voix tonitruante de Monsieur :

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