Sylvette ne sait plus où donner de la tête

©Polar Bear

« Si vous ne voulez pas me donner d’allumettes, concédez du moins à me donner votre nom, charmante inconnue… »

Etait-ce l’intimité forcée et moite de cette rencontre ? Ou la cajolerie du compliment qui rebondit sur elle telle une petite tape ? Sylvette ne trouva pas le courage de ne pas répondre aimablement à sa requête. Il était peut-être effectivement plus convenant et plus poli de se connaître par son petit nom, non ? Après tout, n’était pas ce que Madame lui avait enseigné ?

Quand Sylvette coiffait sa longue et soyeuse chevelure rousse, Madame aimait s’épancher. Ronronnant de plaisir, elle lui prodiguait ses conseils, comme des caresses qu’on oublie sur le dos d’un chat. Sylvette, fréquentait-elle des hommes ? Comment s’y prenait-elle ?  Surtout savait-elle comment tout obtenir sans accorder la moindre faveur ? Enivrée de cette peau laiteuse et de cette voix enjôleuse qui daignait s’adresser à elle, Sylvette buvait ses paroles en silence. Malice ou candeur ? Madame ne cherchait pas à en savoir davantage et pérorait sur sa science amoureuse tant pour elle que pour sa femme de chambre : « Quand vous n’êtes pas en position de vous défendre, Sylvette, attaquez ! »

Sylvette n’aurait pu juger présentement si sa position était bonne ou mauvaise, elle était seulement très collée serrée. Elle s’approcha alors de son voisin et lui chuchota doucement et lentement son prénom. Elle prit bien soin d’en détacher chaque syllabe pour finir par une pirouette comme son joli petit nez en trompette: Syl-ve-tte !

– Sylvette !, retentit alors une grosse voix d’homme au dehors.

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