Je t’ai demandé une cigarette

« Ciel, mon mari ! Edouard, cachez-vous vite dans le placard ! »

Au bruit des froissements de tissus, des grognements de cet Edouard et des rires de Madame, l’affaire de l’autre côté était pourtant bien avancée jusqu’à ce cri. La porte de la penderie s’ouvrit précipitamment, un rayon de lumière et un homme s’y engouffrèrent. Sylvette eut juste le temps de se coller au fond. Elle se retrouva nez à nez avec l’amant de Madame qui lui non plus n’avait pas eu le temps de protester.

– Bonjour, lui dit-il entre deux robes, je m’appelle Edouard. Avez-vous des allumettes ?

– Vous n’allez pas fumer, chuchota Sylvette, on respire à peine ici.

Ils entendirent alors un violent coup contre la porte de la penderie comme une bourrasque de reproches et ce susurrement étouffé de l’extérieur :

– Taisez-vous donc, Edouard, vous allez nous trahir !

Sylvette sentit le rouge lui monter aux joues et réprima une folle envie de rire. Elle en oubliait presque la chaleur de ce corps d’homme contre elle, le souffle anisé de son haleine et cette noire obscurité peuplée de chiffons. Contre la peau si douce de son assaillant, seuls les souliers rouges la protégeaient encore. Douloureuse armure tant les talons s’enfonçaient dans ses côtes… Fi des portes qui ont des oreilles, Edouard revint à l’attaque et murmura dans un souffle :

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