Les bottines rouges

©Eva Peel

Sylvette n’avait osé porter les affaires de Madame qu’une seule fois. C’était au bal musette des Lilas le mois dernier. Mon Dieu, quelle allure elle avait avec ces belles et hautes bottines blanches ! Elle avait dansé toute la soirée, légère, recevant invitations et compliments, au point d’en oublier l’étroitesse des souliers et… sa souffrance. Elle était rentrée, enivrée de son succès. Mais quand elle avait délacé les objets du délit, elle avait découvert avec horreur ses orteils comprimés, en sang, et surtout le beau cuir intérieur irrémédiablement tâché. Que dirait Madame? Une seule solution: les faire disparaître… Elle n’aurait pu dire quelle douleur fut la plus vive. Depuis ses pieds lui rappelaient à chaque pas sa faute passée et les bottines abîmées, non restituées, l’accusaient de leur peau meurtrie. C’était bien cher payé. Elle aurait dû s’arrêter là, mais non, elle n’avait pu s’empêcher de retourner dans la chambre de Madame pour rêver encore…

Échappée belle ! Le coup du placard, il fallait y penser. Sylvette se félicita d’être petite et surtout aussi maligne. Elle suspendit son souffle et serra contre sa poitrine les nouvelles bottines volées comme un talisman aux vertus cachées. Certes la position adoptée n’était pas des plus aisées : pliée en deux, elle devait pencher la tête et se recroqueviller pour ne pas se cogner aux cintres. Après tout, ce n’était qu’un mauvais quart d’heure à passer. J’en ai vu d’autres, se rassura-t-elle. Oh, Sainte Rita, s’il vous plait, faites que Madame n’ouvre pas sa penderie !

Madame entra enfin. Elle ne riait plus, elle gloussait. Visiblement, elle n’était pas seule. Oh, non, cela risque de durer et je n’ai vraiment pas envie d’assister à cela, enfin d’entendre cela, se dit Sylvette.

C’est alors que se produisit une chose surprenante…

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