Clint

Je m’ennuie, je n’ai ni nom, ni existence, rien à vrai dire. Depuis que je le joue ce film, je peux bien faire autre chose que de tirer sur la gâchette ; tirer mon coup, peut-être… Basta la brute, le bon et le truand ! Moi aussi, j’ai envie d’une histoire d’amour, une vraie.

Alors, je les vois bien ces deux inconnus qui ne se connaissent pas encore faire connaissance de l’autre côté de mon écran. Lui, il ne m’a jeté qu’un coup d’œil dédaigneux tout à l’heure en entrant ; contrairement à elle qui, toujours, soir après soir, me regarde amoureusement. Petit coq, va, si un jour elle t’aime, si tout à l’heure tu la glisses sous tes draps, ça sera bien grâce à moi, mon aura, moi, l’incarnation du vieux rêve américain, yeah, bro ! Tu ne seras jamais que la projection de ses fantasmes.

Tu penses que je suis ringard, old fashioned, périmé, out of date, c’est ça ? Sale gosse, va, mais qu’est-ce que tu fous là ? Il n’y a pas d’avenir ici, tu sais, rien qu’un passé à re-conquérir en permanence. Toi, vu ta tronche, tu aurais dû terminer depuis longtemps dealer de drogue en Louisiane, buveur obsédé de jus d’herbes en Californie ou broker millionnaire à New York. Qu’est-ce qui t’amène dans la vieille Europe ? Il y aurait donc autre chose que l’argent qui t’intéresse dans la vie ?

Tu trembles, elle est partie te chercher une serviette pour te frictionner, te sécher, te réchauffer. Elle fait déjà la mère pour toi. Sa compassion se réveille soudain, elle vient de trouver plus pathétique qu’elle. C’est sûr, avec toi, elle touchera enfin le fond du trou. Non, tu n’es pas son prochain amour, tu n’es qu’un misérable déchet dont elle se détournera au plus vite, effrayé par sa puanteur. Tu n’es que le sale chien qui la fera sortir de son trou et de sa poubelle d’hôtel.

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