Au Métro Voltaire, un graff : Baudelaire For Ever

Il y a là devant moi de longs cheveux roux qui fouettent un dos qui poursuit sa course. Bien sûr, ce n’est pas toi mais tes cheveux sont là. Flamboyants, léonins, absurdes. Les mêmes qui continuent à pousser sur ton cadavre, dans ton cercueil du Père Lachaise, sous plusieurs mètres de terre, au carrefour d’un dédale de tombes pavillonnaires enfermés derrière une lourde porte en-fer. Merde, les rimes s’infiltrent dans mes mots comme des vers de terre qu’on écrase et qui repoussent encore et toujours…

Je poursuis dans les couloirs du métro Voltaire l’autre rousse, ton autre moi, celle qui vit encore, qui poursuit encore sa folle course et qui regrettera bientôt, peut-être, ce que pleurent les morts… Elle te ressemble mais sa silhouette est plus fine, ses hanches plus étroites. Elle n’a pas cette assise que tu avais. Elle ne doit pas avoir le même goût que toi. Elle n’en est pas moins mortelle, elle ne me déplait pas moins…

Oh non, la voilà qui relève sa lourde chevelure et me dévoile sa nuque, noueuse, fragile, comme déjà souillée. J’ai tout mon temps pour l’aborder. Tout à l’heure, je lui ferai un croche-patte discret qui ne manquera pas de la faire tomber, je la rattraperai au vol, elle ne tombera pas sur les rails et me tendra enfin son visage et le même regard humide et reconnaissant qu’une chienne aurait pour son maître. Et toi, tu ne seras bientôt plus seule, ma belle ténébreuse…

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