Et si nous terminions par un petit vaudeville?

Alice contemplait son thé noir, histoire de se réveiller de sa nuit blanche. Ovidiu n’était pas rentré hier soir et c’était un peu fort de café tout de même. Pauline n’y allait vraiment pas avec le dos de la cuillère. Alice lui avait juste demandé de rendre son mari amoureux fou pas de coucher avec lui dès la première rencontre !

Ah, elle n’avait même pas envie de prendre son petit-déj. Elle préféra aller nourrir les maudits poissons jaunes japonais d’Ovidiu, achetés à 100 euros la pièce. Malheur, ce fut toute la boîte qui se déversa sur tous ces affamés. « Et puis qu’ils crèvent tous de boulimie ces cocus, ça leur apprendra à avoir des envies et de l’appétit ! » Alice se trouva encore plus lamentable dans son beau peignoir en satin blanc et à petits pois noirs.

Heureusement la sonnette de la porte d’entrée l’empêcha de plonger davantage dans le misérabilisme. Elle si coquette ne songea même pas à réajuster la ceinture tombante de son peignoir ni à vérifier sa présentation dans la glace. Affreuse elle était, affreuse elle le resterait. Et puis qu’importe si l’on voyait ces petits seins en l’air, pour ce qu’ils servaient de toute façon…

D’un pas maugréant, elle ouvrit la porte et se prit une douzaine de roses rouges dans la figure. Immédiatement elle rougit non de plaisir ni de soulagement mais de honte… Ah non, là, c’était trop cliché ! Son mari ne pouvait rentrer ainsi la queue entre les jambes et les roses entre les dents pour se faire pardonner…

Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsque surgit du bouquet cramoisi non pas la tête de son mari mais celle de Choderlos… Nez bancal, oreilles décalées, regard de Droopy, c’était bien lui.

– Bonjour ma belle ! Et voici les plus belles fleurs à ton image : aussi velouteuses que piquantes, aussi belle que cruelle !

– Pouet, pouet, je vois que Monsieur est toujours aussi poète ! Ces dix ans passés n’ont vraiment rien changé !

– Et toi, une mégère toujours aussi peu apprivoisée…

Et d’un pas chaloupant, Choderlos glissa un pied entre la porte et s’immisça dans l’intérieur d’Alice jusqu’à s’affaisser sur le canapé du salon.

– Tu permets ? Il fait un peu froid dehors pour un amoureux transi. Waouh, la classe chez toi ! On se dirait dans Elle Décoration !

Alice haussa les épaule, il était toujours aussi bête celui-là !

– Je peux savoir ce que tu fais ici ? Je te croyais exilé au pays basque, à surfer ta mélancolie parmi les baleines moustachues?

– Mais, Alice, je n’ai fait que de répondre à ton appel. Tu ne peux pas savoir comme ton dernier e-mail sur Facebook m’a enflammé !

– Balivernes ! C’est trop rapide… Tu n’es pas si premier degré !

– Mais si, Alice, je l’ai pris au pied de la lettre, j’ai tout compris. Maintenant que tu t’ennuies dans ton rôle de grande bourgeoise mariée, tu as besoin d’un amant. Eh bien, me voici !

– Pfff, il faudra d’abord me violer !

– Ah si, c’est maintenant un autre de tes fantasmes, pas de problème !

Mais bruissement de clef en direction de la porte d’entrée, exclamation d’Alice :

– Ciel, mon mari !

– Oh, génial, enfermez-moi quelque part… J’ai toujours rêvé d’être l’amant du placard !

– T’es toujours aussi cinglé ! Non, tu restes là, tranquille ! Je vais accueillir mon homme avant de te présenter…

Choderlos eut juste le temps de retirer ses habits avant qu’Alice ne revint. Dans le sas de l’entrée, Alice découvrit la mine chiffonnée et hagard de son mari. Sans réfléchir, elle se jeta aussitôt dans ses bras, soulagée. Il lui était quand même revenu… Mais à leur retour, bras dessus dessous, Choderlos se dressait là, au milieu du living-room, en caleçon, bras tendu : « Bonjour, je suis l’amant de votre femme ! Bon, excusez-moi, je me rhabille et je vous laisse à votre scène de ménage. J’ai mon amie Pauline qui m’attend. »

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