Photo souvenir


Nous sommes redescendus de la Tour Eiffel et avons abordé les bateaux mouches. Je n’ai pas eu le courage d’y monter. Non par honte, j’étais bien avec ma horde de touristes slaves. Je ne m’étais jamais sentie aussi étrangère, aussi libre. Je découvrais avec un plaisir un peu bête ce que mes yeux lessivés ne voyaient plus. Je goûtais aux joies grégaires en toute impunité. Je me molletonnais dans leurs plaisirs un peu mièvres, un peu faux. Et puis, c’était bon d’être l’idiote du groupe, celle à qui l’on ne demande rien parce que de toute façon elle ne comprend rien.

Mais la perspective de digérer 250 grammes de pâtes bolognaises, comme l’indiquait consciencieusement le menu du bateau mouche, sous les flots des l’accordéon et les remous de la Seine dépassait mes forces.

J’ai fait un signe d’au revoir à ma Mama aux cornichons, en lui promettant d’aller lui rendre visite à mon tour. Où ? Je ne sais pas, j’ai oublié de lui demander. De toute façon, peut-être a-t-elle compris toute autre chose : que je lui souhaitais une longue vie, de marier son fils, de revenir ici au plus vite ou d’apprendre le français.

Je les ai regardés s’éloigner du quai, hypnotisés par les paroles de leur tour-opérateur.  Aucun d’entre eux ne s’est retourné, ils m’avaient déjà tous oubliée. Et moi, j’ai regretté de n’avoir aucune photo-souvenir pour vérifier un jour que tout ceci n’avait pas été que le rêve d’une après-midi…

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