Clair obscur

Tout le monde descend, je suis libre ! Je fuis ? Non. La tiédeur du bus a-t-elle ramolli mon esprit ? Etrangement je me mets à suivre au pas, comme hypnotisée, mon groupe. Je monte avec eux, une par une, les marches de la Tour Eiffel.

Je m’amuse même à poser devant Paris scintillant pour ma mama aux cornichons au chocolat. Je crois bien qu’elle n’a pas de flash. J’essaie de lui dire, elle n’y comprend toujours rien. Inutile de lui gâcher son plaisir…

Je l’imagine déjà en train de montrer ses photos voilées à ses copines de là-bas:

– Si, si, je vous assure, on avait même réussi à embarquer une locale avec nous, regardez la petite Parisienne. Elle est mignonne, non ? Maigre mais mignonne.

Et ses copines de s’esclaffer :

– Mais il n’y a rien sur ta photo ! On n’y voit rien, c’est tout noir ! Elle est aussi invisible qu’un fantôme, ta parisienne.

Ma « fake mama » regardera alors de plus près sa fière relique, elle, elle distinguera  bien mes cheveux qui volent au vent et mon sourire triste. Elle haussera les épaules. Elle sait bien qu’elle n’a pas rêvé, qu’elle ne m’a pas rêvée. Quoique…

Elle se dira qu’après tout, on a beau vouloir ramener toutes les preuves du monde de ses voyages ou de ses rêves, à vrai dire, on ne peut jamais vraiment les raconter. Et elle n’entendra plus les rires moqueurs de ses amies parce qu’elle aura découvert le plaisir d’avoir un secret…

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page