D’Orly à Roissy

– Ecoutez, possible ou pas possible, moi, je m’en fous ! Si vous arrivez à Roissy d’ici trente minutes, c’est simple,  je vous double la mise !

Une fois la parole magique prononcée, celle de l’argent, mon chauffeur de taxi consent à appuyer sur l’accélérateur. Sur le périphérique, j’ai  la chance de doubler ma femme qui vient de me déposer à Orly il y a dix minutes à peine.  Quel con mais quel con je suis, je me suis trompé d’aéroport !

Ca m’apprendra à ne pas dormir. Ce n’est pas de ma faute. La nuit, je ne dors pas, je cours. Sur place, dans mon lit. Je suis victime d’un mal étrange. Certains le rangent dans la catégorie de l’insomnie, d’autres de l’hyperactivité ou du somnambulisme. Quoiqu’il en soit, Marie, ma femme est obligée de m’attacher à mon sommier pour empêcher ma fuite et moi, je continue à courir dans le vide. Mes pieds pédalent –dans la choucroute– , mes bras se balancent –en l’air– et mon cœur s’accélère, s’accélère… en vain.

Inutile de vous dire que le matin, je n’ai pas les yeux en face des trous. Le pire, c’est que je continue de courir. J’avale mon petit déj, le jour, les flux d’informations, les ondes nouvelles, les baisers de Marie et je poursuis ma course.

– Bravo, bien joué ! Vous voyez, quand vous voulez vous donner la peine.

– Oui,  m’enfin, c’était quitte ou double, mort ou vif…

Je n’ai pas le temps d’engager le débat, je lui balance les biftons promus et cours vers mon vol…

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