Pile ou face

Bien sûr, je savais qu’elle me suivait. Pourquoi diable sinon irais-je me fourrer dans un peep-show?

Je n’ai jamais trop aimé ces places, mélanges de désirs inachevés et de branlettes à la petite semelle. Mais j’avais comme envie de voir ce que ça faisait… d’abord d’être suivi par une femme tout juste rencontrée -quel veinard!- et puis de la conduire dans un lieu limite, peut-être honteux à ses yeux, en tout cas qui renvoyait une image de moi, quelque peu perverse et surannée, celle d’un vieux con ou d’un Gainsbarre blasé…

En sortirais-je honteux, comme une femme surprise par son amant à la sortie d’un salon où on lui aurait arraché tous les poils? Ou vaincu, comme un homme impuissant qui avoue d’avance son incapacité? Ou simplement heureux, la bave encore au coin des lèvres, et elle qui m’attendrait au coin de la rue sous un réverbère, enrôlant le rôle de pute, malgré elle, le temps de ma jouissance rapide et achetée?

J’ai baillé pendant le spectacle, les faux seins, ça ne m’excite guère. Mais elle, dehors, à ma sortie, la Leïla du Ritz, serait-elle encore là? Me désirerait-elle assez pour essuyer tous les plâtres, remarques et regards salace des passants? Cette question-là me faisait bander…

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