La haine, ça se retourne comme un gant

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At-Least (pseudo d’Alice sur Twitter) à 17h00 : @Paulineonthebeach (pseudo de Pauline sur Twitter) Ca avance?

Paulineonthebeach à 17h07: @At-Least Plus que tu imagines… Hésite entre www.museevieromantique.com et www.sexshop.com

At-Least à 17h15 : @Paulineonthebeach va plutôt à www.7emeciel.org … 😉

Paulineonthebeach à 17h20 : @At-Least et toi à www.cielmonmari.com! Prépare-toi, je pourrais avoir bientôt besoin de toi… A suivre J… Attends aussi tes news ;-))))

Boîte e-mail de Choderlos Hansen :

Alice Etienne-Rohmer vous a envoyé un message sur Facebook…

Cher 556ème ami,

Je pourrais te chanter au creux de l’oreille : « non, tu n’as pas changé ! Tralalala… » Et puis, j’essaierais en même temps de te faire danser sous un rythme de rumba ou de salsa. Histoire de décoincer tous tes rhumatismes sentimentaux et tes cailloux du cœur mal soignés. Désolée d’apprendre que tu m’en veux encore tellement, j’en suis presque flattée. A croire que les mauvais sentiments sont plus tenaces que les bons, c’en est presque rassurant…

Et puis, je lis ton message plus attentivement. Tu réclames le droit à l’oubli. D’accord, mais alors pourquoi me répondre ? Tu nies me porter une « rancœur tenace » ; hélas, il suffit que tu en parles pour qu’elle existe encore. Tu supputes que je m’ennuie pour t’écrire ? Ce n’est que l’hypothèse de ton esprit chagrin. Et je passe sur tout le reste. Tout ce que je sais, c’est que je me réjouis de t’avoir écrit, je vois, oh combien, tu as besoin d’ami, aussi virtuel soit-il…

Enfin, le meilleur moyen que j’ai trouvé pour te répondre, c’est encore de te raconter une histoire qui m’est arrivée récemment. Tu parles de vol amoureux, eh bien, médite sur celui-ci :

« Le bus 89 est bondé. Fin d’après-midi, journée grise, la fatigue s’étale sur tous les strapontins. Je suis au fond du bus. Je me mords les lèvres de ne pas avoir pris le taxi. Je n’aime pas comment je suis habillée. Ma jupe est trop courte, on doit voir mes bas. Mon décolleté est trop profond, c’est comme si l’on me voyait nue.

Bien sûr, ce sont mes chimères de femme. Parce qu’à vrai dire, tout le monde s’en fout dans le bus 89 à 18h19. Ne règnent que l’indifférence générale et un seul désir : celui de rentrer au plus vite chez soi. Tout le monde, sauf un. Un étranger. Yeux sombres, nez bancal et oreilles décollées. Pas beau, pire, attirant. Tiens, c’est drôle, quand j’y repense, il te ressemble.

Je sens son regard sur moi. Je joue ma parisienne, ça bouillonne en moi mais je fais fi. Mon étranger se rapproche de toi comme un serpent glissant le long de la foule. Bientôt, c’est son souffle qui caresse ma nuque. J’ai un peu peur et je t’avoue, ce n’est pas pour me déplaire. Il ne dit rien. C’est comme une caresse muette. Ce n’est pas notre faute si nous nous frôlons, ce sont les autres qui nous oppressent.

Mais, soudain, arrêt des Lilas, changement de cadence, mon étranger se lève brusquement et se précipite vers la sortie. Je me réveille brutalement de notre rêverie commune. En un clin d’œil, je comprends tout : mon sac est grand ouvert, mon portefeuille a disparu. Je ne crie pas. J’ai juste le temps de m’élancer à sa poursuite avant que les portes ne se referment.

Il court, je lui cours après. Pour le coup, ma jupe se transforme vite en short. Les passants regardent, jaloux et sidérés, cet étranger se faire pourchasser par une femme, tel Daphné poursuivi par Apollon. « Et tout dans sa fuite ajoutait encore à sa beauté… », comme dirait l’autre.

Moi, je ne pense qu’à l’attraper vif. Je pourrais hurler : « au voleur ! Aidez-moi ! Au secours !». Ca ne va pas, et pourquoi pas : « assassins de la police » pendant que tu y es ? Non, dans cette histoire, je ne veux que lui et moi.

C’est une impasse qui suspend notre course. Je manque de m’écraser contre lui. La pénombre nous entoure. Je lui demande enragée de me rendre mon portefeuille. Je lui hurle pêle-mêle qu’il m’a trompé, qu’il doit me rendre mon bien, – d’ailleurs pourquoi me l’a-t-il volé ? – et puis aussi n’importe quoi…

Il retourne vers moi son regard lumière et me dit : « je voulais juste connaître ton identité ». La suite, je te la laisse deviner… »

A bon entendeur, salut !

Alice

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