Le pays où le vice existe

Je dois me débarrasser de ce corps et au plus vite. Et merde, il y a cinq minutes encore j’étais un homme libre ; j’étais ce cycliste innocent, en ballade du dimanche, gentiment parqué sur sa bande, lorgnant à ses côtés les quatre-quatres rutilants et les Porsches clinquantes.

J’aurais dû me méfier de mes humeurs bucoliques de poète forcément maudit. Quelle idée de s’arrêter pour boire mon jus de carotte, contempler la rive et peut-être tremper mes pieds dans le lac ! Si j’avais été un vrai sportif, j’aurais continué à gravir la montagne la tête dans le guidon. Seulement je ne suis qu’un mec qui a le cœur à plat et les yeux en œufs mollets.

J’ai le choix : vider tous mes paquets de clopes et mes bouteilles de whisky ou vider mes poumons de tout l’air qui me reste encore. J’alterne un jour sur deux. Je finirais bien par crever de déchéance physique ou d’effort olympien. Je suis un jaloux qui vient de se faire plaquer par Fernanda. Quel con, mais quel con !

Ce corps pèse trop lourd, je n’arrive pas à le soulever. Ca me répugne de le prendre à bras le corps, de toucher la froideur qui l’envahit déjà et de sentir que plus aucun de ses membres ne se retient. Etrange, si elle était encore en vie, c’est moi qui l’écraserais de mon poids…

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