Autodafé

Je sautais au-dessus de la fosse, arrachais mon manteau et la plaquais au sol pour la re-couvrir. Pas un cri ne fut poussé. Elle était restée étrangement silencieuse comme si elle acceptait d’être brûlée vive. Les pompiers arrivèrent. Grâce à mon intervention rapide, ses blessures n’étaient que légères. J’abandonnai l’inhumation pour la suivre. Dans le fourgon arrière, nous pûmes, enfin, faire connaissance :

–  Merci. Je m’appelle Eva. Et vous ?

Flatté dans ma virilité, je bombais le torse avant de répondre.

–  Franck. Ca va ?

– Oui, j’étais si nerveuse. Vous comprenez, je n’avais pas mes petits cailloux. Alors, je n’ai rien trouvé d’autre pour me calmer que de jouer avec ma pierre de briquet…

Pas de doute, elle était aussi allumée que moi.

– Ah, c’était vous, le grillon qui n’arrêtait pas de grésiller pendant mon discours !

Le moustachu qui conduisait me pria de laisser la convalescente se reposer. Nous continuâmes, complices, en chuchotant pour ne pas nous faire griller par le rabat-joie.

– Comment connaissiez-vous Yves ?

– Je suis une amie, une amie proche.

– Bizarre, Yves ne m’a jamais parlé de vous.

– Peut-être gardait-il certains secrets… comme moi !

Et elle eut ce rire charmant et cristallin. J’aurais dû me prendre mes jambes à mon cou. A la place, j’ai plongé avec délice et frisson dans ses yeux verts.

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