Chercheurs de connaissance

– J’ai choisi ce texte de Nietzsche aujourd’hui car il nous propose non pas la consolation mais l’espérance. Pour moi, ce n’est pas un constat mais un défi qui nous est ici lancé. Yves avait cette exigence de vérité tant vis-à-vis des autres que de lui-même et c’est l’une des raisons pour lesquelles je l’admirais tant. Il me manque déjà et, sans lui, je me sens démuni dans cette recherche qui nous unissait :

« Nous, chercheurs de la connaissance, nous sommes pour nous-même des inconnus- pour la bonne raison que nous ne nous sommes jamais cherchés… Quelle chance aurions-nous de nous trouver quelque jour ? On a dit à juste titre : « où est ton trésor, là aussi est ton cœur » ; notre trésor est là où sont les ruches de notre savoir.

Abeilles nées, toujours en quête, collecteurs de miel de l’esprit, une seule chose nous tient vraiment à cœur –« ramener quelque chose à la maison ». Pour le reste, quant à la vie, aux prétendues « expériences vécues » – lequel d’entre nous les prend seulement au sérieux ? Lequel en a le temps ? Dans cette affaire, je le crains, nous n’avons jamais été « à notre affaire » ; le cœur n’y était pas – ni même l’oreille !

Bien plus, comme un homme divinement distrait, absorbé en lui-même, aux oreilles duquel viennent de retentir à grand bruit les douze coups de midi, et qui, brusquement éveillé, se demande : « quelle heure vient-il de sonner ? »- ainsi arrive-t-il que nous nous frottions les oreilles après coup en nous demandant, tout étonnés, « qu’est-ce donc que nous avons au juste vécu ? » ou même « qui sommes-nous au juste ? », et nous essayons alors – après coup, comme je viens de le dire- de faire le compte des douze coups de cloche vibrants, de notre expérience, de notre vie, de notre être – hélas ! sans trouver de résultat juste…

Nous restons nécessairement étrangers à nous-mêmes, nous ne comprenons pas, nous ne pouvons faire autrement que de nous prendre pour autre chose que ce que nous sommes, pour nous vaut de toute éternité la formule : « Chacun est à soi-même le plus lointain », – à notre égard nous ne sommes pas des « chercheurs de connaissance ». »

Un grillon m’avait accompagné tout au long de mon oraison funéraire. Il s’éteignit en même que moururent mes dernières paroles. Je me retournais, elle était là derrière moi, en feu….

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page