Feu follet

Comme des poivrots disciplinés, nous avancions en rang d’oignons jusqu’au tombeau, mus par la nécessité d’enterrer notre bière et de saluer une dernière fois notre frère. Il y a encore peu, nous n’étions qu’un seul et même corps, une promo d’étudiants chercheurs d’avenir. Nos ambitions respectives nous avaient naturellement séparés. L’instinct grégaire nous réunissait de nouveau autour de la perte d’un des nôtres.

La femme de Yves, une douceur blonde, avançait le front haut, aussi déterminée que les jours de ses noces, tenant à bout de bras ses trois chiards sautillants. Les vieux suivaient au loin, encore tout étonnés d’assister aux funérailles d’un jeunot et non pas à l’un des leurs. Il y avait erreur de casting, tant mieux pour eux…

Moi, je me faufilais parmi eux, volais les bonjours et puis me glissais, me transformais en anguille à la recherche de l’apparition au trench vert. Il fallait que je lui parle, c’était une question de vie ou de mort. Je me montais la tête, oui, comme si mon esprit avait immédiatement préféré choisir l’obsession amoureuse à celle de la noire mélancolie. Question de survie peut-être…Certains quêtent les feux follets autour des caveaux, moi, je cours après une belle ténébreuse.

Mais de ma bombe sexuelle, je ne parvins à retrouver la trace. L’avais-je rêvée ?  Nous étions déjà devant la sépulture ouverte de Yves. Francis me poussa vers la tombe, voulait-il m’y jeter ? Ah, non, j’oubliais, c’était à mon tour de parler. Je pris alors la parole et lus les mots d’un autre que moi pour cet alter ego qui s’apprêtait à plonger dans l’éternité :

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