La nouvelle Eve

Ce n’est qu’une fois dehors que je l’ai vue. Elle se tenait à côté de la voiture noire, gueule grande ouverte dans l’attente du cercueil et des fleurs. Bandante. Cette nana aurait fait bander un macabé. Putain, qu’est-ce que Dieu avait foutu à lui mettre un cul et des seins pareils ? Pourquoi avait-il encore plus accentué la taille, le vicelard ? Et c’était quoi, ces hanches qui ne demandaient qu’à ce que l’on les prenne ? Si au moins il avait eu la bienséance de supplanter le tout par une tronche passe-partout, il aurait permis à l’ensemble de la gente masculine de reprendre son souffle.

Mais, non, il en avait remis une couche, l’humanité était de toute façon perdue, la première Eve avait déjà croqué la pomme, autant s’amuser désormais. Il avait dû passer un coup de fil à son pote, le Diable, « et tu viens m’aider pour créer une bombasse ? Sans ton aide, je n’arriverai qu’à la rendre niaise et gentille… »

Et leur œuvre était devant moi, en veuve italienne au décolleté plantureux, nuque fragile, tête haute, lèvres rouges, mâchoire carnassière, nez droit un peu fort et hautes pommettes. On devinait plus son visage que l’on ne distinguait, dissimulé derrière la voilette d’un chapeau.Elle exhalait le mystère.

Et elle ne se gênait pas, la belle, pour arborer sciemment tous les accessoires pour fétichistes : talons aiguilles noirs, bas résilles – tenus sans aucun doute grâce à des porte-jarretelles-, gants en cuirs, chignon relevé, trench vert et ce visage comme masqué.

On fumait donc tous comme des pompiers à la sortie de l’Eglise et tous, nous mations cette nana mortelle qui nous donnait la trique. Je donnais un coup de coude à mon meilleur pote à côté de moi.

– C’est qui celle-là ? Tu la connais ?

– Non, jamais vu. La maîtresse cachée de Yves peut-être…

– Ca m’étonnerait, ce n’était pas son genre. Non, elle a dû se tromper d’enterrement.

– Oui, c’est sûr. Vu ses atours, elle croyait venir à un enterrement de vie de garçon, et non à celui d’un homme !

– Toujours le mot pour rire, vieux ! Allez, viens, il est temps d’aller au cimetière maintenant…

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