Chaud froid

C’est vrai, il n’avait rien pour lui cet homme. Titus était vieux, la cinquantaine bien tassée. Il était revêche et misanthrope, ni femme ni chien ni chat ne semblaient être restés trop longtemps dans ses pattes. Il n’était ni particulièrement beau ni particulièrement laid. Il avait la peau très blanche, les yeux très bleus et de nombreuses taches de rousseur satellites, souvenirs du rouquin qu’il avait été. Et que faisait-il de ses journées ? Rien si ce n’était épier les voisins et attendre le retour de la jeune doctoresse du premier.

Mais il avait un art de la conversation qui avait ce petit goût de revenez-y. Habilement il savait souffler le chaud et le froid autour de son interlocuteur, le terrorisant puis le flattant, le dégoûtant puis le subjuguant. Il avait dû être maffieux dans une autre vie. Maffieux ? Non simplement le maire du village pendant vingt ans. Une figure locale admirée, honnie, et aujourd’hui tout simplement déchue. Que lui restait-il ? Si ce n’était cultiver son potager, écrire ses mémoires et maudire le jeune maire qui récoltait tous les fruits de ses dures années de labeur à redresser le budget municipal que ce dernier dépensait désormais allègrement en cocktails et autres « putasseries ».

La peau de Titus était trop lisse et tirée, comme si elle avait été victime d’un amaigrissement trop soudain. Aurélia commit le faux pas un soir de lui demander s’il ne voulait pas venir la consulter. Il la renvoya sur ses roses avec épines cette fois : « Je n’ai qu’une maladie Mademoiselle contre laquelle vous ne pouvez rien, charlatans de médecin : la vieillesse ! »

Peu de temps avant, Aurélia se serait vexée d’une telle remarque remettant en doute ses compétences professionnelles et l’aurait prise « perso ». C’est ce qu’elle fit mais pour une toute autre raison : « c’est normal, il ne veut pas que je le touche comme médecin mais comme femme. Merde, pourquoi je pense de telles absurdités ? »

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