Statu quo

Nous avons fini par ne plus chercher à rattraper nos vies, à vivre dans nos voitures comme dans nos maisons. Une nouvelle société s’organisait avec ses notables et ses bandits. Ma petite philosophe en herbe, Judith, s’est improvisée anthropologue et étudiait notre communauté créée d’un bouchon de voitures. « C’est génial, je vois en direct la création d’une tribu ex nihilo. »

D’après moi, elle ne constatait que la reproduction des vices habituels, intrinsèques à tout groupe constitué. Moi, je me partageais les fonctions de chaman-sorcier avec Lancelot, le sombre prédicateur, mon concurrent. Les plus malins trafiquaient, se faisaient des couilles en or et nous permettaient de manger et de subvenir à nos besoins premiers (propreté, contact avec l’extérieur, etc.).

Il y avait même des passeurs pour qui voulait retourner de l’autre côté. Dans la plupart des cas, ils ne proposaient qu’un miroir aux alouettes et un échec, nous étions si étroitement surveillés ! Mais la corruption parvint au succès et à la fuite de quelques-uns, ce qui assura leur fond de commerce pendant un certain temps.

Il faisait beau. Nos journées se rythmaient autour des barbecues improvisés sur les cabots des voitures. Nous nous étions habitués à cette cuisson au moteur et à ses vapeurs de carburant et d’huile de graissage. Puis chacun vaquait à ses occupations : petits deals, échanges de bons procédés, lamentations, ennui ou siestes. Heureusement le soir arrivait. On allumait les phares, on se créait une piste de discothèque et nous dansions pour oublier nos vies asphyxiées.

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