Désir ballant

“Rejoins-moi vite.  Je suis dans la chambre 101. J’ai une surprise pour toi.” Il était là ! Je n’ai pas réfléchi cinq secondes, ou plutôt si, j’ai réfléchi dentelles, bas et parfum, tout ce qui pourrait lui plaire. Parée de mes nouveaux atouts, je me suis précipitée au dehors. Un taxi, vite ! Direction l’homme que j’aime ! J’avais rendez-vous avec le présent.

J’ai mis mes lunettes noires pour qu’on ne me reconnaisse pas dans le hall de l’hôtel, mais avec le secret espoir d’entendre derrière moi ces murmures: « dis-moi ce n’est pas Marion C. qui vient de passer ? »

Je n’ai pas pris l’ascenseur. Je ne voulais pas partager l’intimité de quiconque avant la sienne.  Tant pis pour le miroir ! J’ai préféré opter pour l’essoufflement et la rougeur de la montée des marches. Jusqu’à notre mythique chambre 101…

J’ai couru dans le couloir sur mes talons trop hauts. J’aurais aimé qu’il me voie, qu’il me filme, qu’il me dise encore que je suis toujours sublime. Enfin, le chiffre 101 devant moi. L’entrée de la chambre était entrouverte, je toquais, « c’est moi ! », il prononça le mot magique « entre ! », je mouillai une dernière fois mes lèvres, me frappai les joues, dressai mes seins et je poussai la porte.

Il était là, face à moi, assis sur un fauteuil de cuir, les bras étrangement posés sur les deux accoudoirs, anormalement immobile. Je pris sa bouche. Il prit la mienne mais ne me toucha pas.

– Pourquoi ne me prends-tu pas ?

– Patience, patience, ma belle. J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.  Je viens de subir une petite intervention, rien de grave, rassure-toi, mais mes bras sont sans vie, anesthésiés pour quelques heures. Voilà, je suis si heureux de te voir que mes bras m’en tombent…

– Et la bonne nouvelle?

– La même!  Regarde mes bras, je peux jouer avec comme des marionnettes qui ne font pas partie de moi. Et j’ai comme l’idée qu’ensemble, nous allons pouvoir explorer beaucoup de nouvelles choses…

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