Merguez fumante

– Oh, regarde Maman, il y a quelqu’un qui a fait caca dans l’eau !

– Mais, non, gros bêta, c’est une merguez égarée !

Je me baigne dans l’eau chlorée, je découvre ma propre flottabilité, ma future fin est de nouveau repoussée. Il y a cinq minutes, avant mon vol plané, j’étais sur le barbecue, fumante et désespérée, comme une princesse hindoue sur son bûcher funéraire.  Prête à mourir, encore une fois…

Depuis qu’on m’a transformé en chair à saucisse, j’en ai vu de toutes les couleurs. Adieu mes prés, mes herbes hautes, l’amour grégaire, l’amour vache et les flaxons des automobilistes moqueurs ! J’ai été broyée, transportée, emballée, choisie, découverte, mise à nue, plantée, piquée, retournée et, enfin, désirée.

Mais je peux dire adieu à ma belle mort. Je me dissoudrai bientôt ou finirai broyée dans les filtres, et non pas dans une bouche chaude et mordante. Maudits gamins hurlants ! Tout ça, c’est de leur faute ! Pourquoi m’ont-ils arraché du grill pour me catapulter dans la piscine ?

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