Le dessin du dimanche

« Aujourd’hui, dans les villes, on ne garde guère le souvenir de ceux qui nous ont précédés dans nos studios ou appartements, et presque personne ne se préoccupe de savoir si ces habitants précédents y ont été raisonnablement heureux ou malheureux, si les murs que nous voyons tous les jours ont été témoins de véhémences ou d’incertitudes ou d’attentes, d’implorations ou de routines, de fredonnements ou d’imprécations ou de cruautés; si quelqu’un y a souffert avant nous ou y a rougi de bonheur, si entre ces murs ont été dites des choses que quelqu’un qui est sorti d’ici – forcé, peut-être- , n’oubliera plus jamais, quelqu’un sur la rétine de qui sont à tout jamais imprimées les pièces où nous dormons, mangeons, regardons la télévisions ou écrivons. Quelqu’un qui a peut-être écrit ici même la lettre qui l’a condamné à quitter cette maison. »

– Javier Marias

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