Abandon

C’est la sonnerie ! Vous remballez votre trousse dans votre cartable, descendez en toboggan sur la rampe d’escalier (c’est interdit, tant mieux), courrez à perdre vos jambes croûtées, franchissez le portail de la cour, enfin la rue et sa liberté !

Pas de doute, vous avez accumulé assez d’élan pour sauter dans les bras de Maman. Où est-elle ? Votre nez frémit déjà de plaisir, dans l’anticipation de son odeur de pain d’épice et de musc vanillé. Vos yeux impatients furètent d’un grand à l’autre. Ah, ah, vous la reconnaissez bien là, encore une de ses malices … elle se cache ! Vous appréciez son goût de la surprise et sa manière qu’elle a de pimenter doucement votre vie d’enfant. Vous aimez qu’elle ne soit pas comme les autres mères.

Vous mettez les mains dans vos poches. Vous pensez que ça vous donne de l’allure. Vous ressemblez au détective anglais, celui du film de dimanche soir, celui dont Maman a dit « qu’il était beau et qu’il avait de la flemme ».

Vous retrouvez du côté droit un vieux mouchoir usé et des miettes de BN, du côté gauche des images de monsters stickers. Vous jouez avec, ça vous rassure. Vous chantonnez : « Je ne veux pas d’un prince, je veux mon ami Pierre, celui qui est en prison, celui qui est en prison ! » Vous faites aussi les voix:  « Ne pleure pas, Jeannette. Tu n’auras pas ton Pierre, nous te marierons avec le fils d’un prince ou celui d’un baron, ou celui d’un baron… » Vous vous sentez moins seul.

Vous n’entendez pas le silence qui se fait peu à peu autour de vous. Vous êtes le dernier resté sur le trottoir. La nuit est tombée, et vous n’avez toujours pas goûté. Vous vous mordez les lèvres. Vous ne voulez pas faire le bébé mais on dirait bien que Maman vous ait bel et bien oublié aujourd’hui…

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