Je t’ai dans la peau

Thibault hurle à même le sol. Il se frotte au parquet. Ses mains ne sont pas assez pour le soulager. Il se tord comme un fœtus extirpé de son bocal, réflexe d’une vie qui n’est déjà plus. Ah, s’il pouvait se râper, se poncer, se défaire de cette peau qui l’emprisonne.

Alertée par ses cris, Marianne accourt. Un temps. Le spectacle des follicules de croûtes éparpillées sur le bois et du corps ensanglanté de Thibault l’immobilise. Elle ne parvient plus à respirer, sans savoir si sa gorge qui se contracte ou son cœur qui l’étouffe.

Elle expire violemment et rejette son souffle comme une vomissure. Il faut agir, et vite. Empêcher son amour de s’automutiler davantage.

– Arrête, mon cœur, je t’en supplie, arrête, ça va aller ! Je suis là…

Thibault n’entend rien. Il bave, sa salive se mêle à ses fins cheveux blonds. Son râle est profond et continu, presque lubrique. Il en vient aux dents.

– Non, mon bébé, je t’interdis de te manger !

Marianne tombe genoux en avant, enlève son t-shirt et arrache son soutien-gorge. Elle empoigne son fils. Elle le force à prendre l’un de ses seins pour la sucer. Il n’y a que le fait de la boire qui peut le calmer.

L’enfant hoquette et puis, le corps encore tremblant, s’apaise. Sa mère, les yeux encore rouges, caresse doucement sa nuque. Elle le berce et chante une vieille rengaine d’autrefois :

Quand je suis grise

J’dis des bêtises

Et j’oublie mon gigolo

Comme les copines,

Je me morphine,

Ca me rend tout rigolo

Je prends de la coco,

Ca trouble mon cerveau

L’esprit s’envole

Je sens mon cœur

Plein de bonheur

Je deviens folle

Pour aujourd’hui, la crise d’eczéma est passée.

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