Philosophie dans le foutoir

Cela faisait longtemps qu’une jeune fille n’avait pas si joliment agressé George. Ah, nostalgie de toutes ces femmes hystériques qui courraient derrière lui pour toucher un bout de son manteau ! Qui sait, peut-être en attendaient-elles un miracle volé, une miette salvatrice de sa gloire ? Ragaillardi par ce souvenir sucré salé, George prend sa voix la plus enveloppante pour répondre à sa voisine:

– Je suis désolé, j’admirais juste votre beauté.

Le compliment suranné de l’énergumène en face d’elle surprend Zoé. Au moins, en voilà un qui sait encore parler aux femmes !

– Ok, ok… Vous pouvez m’aider alors ? J’ai un casting et je dois jouer une Lolita tombée de la balançoire. A votre avis, je m’ajoute du crayon bleu flash sur les paupières ou c’est de trop ?

– Allez-y à fond ! et balancez le turquoise !

– Ah oui, vous croyez ?

– Vous êtes là pour qu’on vous remarque, pas pour qu’on vous trouve jolie !

– Bien vu ! Dis donc, vous êtes plus malin que vous en avez l’air.

– Je dois prendre ça pour un compliment ?

– Oh, vous savez, je dis simplement tout ce que je pense.

– Le rôle d’ingénue vous ira comme un gant…

Zoé ouvre la bouche pour répliquer mais la sonnette du métro lui coupe la chique. Arrêt à la station Richelieu Drouot. Les deux adolescents, assis aux côtés de Zoé et George, sortent de leur léthargie et les quittent, en bouffonnant, rires étouffés sous leur capuche. Une dame d’un certain âge et une petite fille viennent prendre leur place…

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